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Les trois quarts des organismes qui, à travers le monde, font de la vérification des faits (fact checking), ont vécu une précarité financière accrue en 2025. Paradoxalement, les deux tiers ont vu leur audience grossir.

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Ce sont deux des constats qui ressortent du rapport annuel State of The Fact-Checkers, publié par l’International Fact-Checking Network (dont l’Agence Science-Presse, à travers son Détecteur de rumeurs, est un membre accrédité). Plusieurs centaines d’organismes, qui sont en majorité de petits médias, sont regroupés par ce réseau, dont environ 200 sont des membres « signataires » —c’est-à-dire qu'ils sont passés à travers un processus de validation de leur crédibilité et de leur indépendance (le Détecteur de rumeurs en fait partie). 

Ce sont les trois quarts de ces derniers qui ont répondu à l’enquête, et les perspectives sont parfois sombres : près de la moitié (45%) ont vécu une baisse de leurs revenus en 2025, et 38% ont dû réduire leur personnel. Cela, au moment où non seulement l’explosion de l’IA multiplie les opportunités pour créer de l’information fausse ou trompeuse, mais aussi dans une année 2025 où, aux États-Unis, les attaques contre les médias, les universités et les faits en général, se sont multipliées. 

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C’est aussi au début de 2025, deux semaines avant l’intronisation du président Donald Trump, que Mark Zuckerberg annonçait que Facebook cesserait, aux États-Unis, de financer le programme de vérification des faits —un programme par lequel des « tierces parties », en l’occurrence des médias accrédités par l’IFCN, étaient payées pour vérifier des messages étiquetés comme douteux par des usagers de Facebook ou d’Instagram. Bien que cette coupe ne concerne pour l’instant que les États-Unis, la menace plane sur des petits médias dans des pays en voie de développement, pour qui Facebook demeure encore la principale source de revenus : c’était le cas, en 2025, du tiers (34%) des répondants à l’enquête de l’IFCN. 

Plus largement, sur les 141 répondants, 37% ont eu, en 2025, des revenus de moins de 100 000$ (et 14%, de moins de 20 000$). À l'autre extrémité du spectre, une vingtaine (17%) ont eu des revenus de plus d’un million. Reste qu’un grand nombre (57%) dépendent d’une seule source de revenus: le plus souvent, une subvention, ou le programme de Facebook. 

Mais paradoxalement, le public est en manque de ce genre de contenus: pas moins de 62% des répondants signalent une hausse de leur audience en 2025; et pour 19% d’entre eux, elle est restée stable. 

Ils ont également été nombreux à expérimenter de nouveaux formats : 72% jugent que les « vidéos courtes » (short-form video) ont été les plus efficaces pour rejoindre ou « engager » une nouvelle audience, et 45%, les « explications visuelles » (infographies, carrousels d’images, etc.). D’autres mentionnent les vérifications brèves (29%) et les infolettres (14%). 

Et l’IA occupe évidemment toutes les pensées. La moitié (53%) disent avoir intégré un « outil d’IA » à leur travail, mais avant tout pour la « recherche et collecte d’informations » (77%) ou la traduction (55%). La moitié se sont dotés en 2025 d’un « guide de pratiques » de l’IA, et dans 80% des cas, cela inclut une « divulgation explicite » lorsque l’IA a été employée.

Le rapport a été publié le 2 avril, choisie par l’IFCN comme la « journée internationale de la vérification des faits » —une façon, au lendemain de la journée du poisson d’avril « d’honorer les vérificateurs de partout qui combattent la désinformation et aident à protéger la société ».

À quoi s’attendre en 2026? Rien ne laisse croire que les attaques vont cesser, évoque Maarten Schenk, co-fondateur du site américain Lead Stories, membre de l’IFCN, dans un billet également publié le 2 avril. Il rappelle une tendance récente dans les cercles conservateurs : prétendre que la vérification des faits serait de la censure. Mais ironiquement, ajoute-t-il, bien qu’Elon Musk soit un des promoteurs de cette association d’idées douteuse, son réseau social, X, a récemment adopté une politique par laquelle les usagers qui publient une vidéo sur la guerre en Iran générée par l’IA, sans préciser qu’elle a été générée par l’IA, verront leurs droits à générer des revenus suspendus pendant 90 jours. « Apparemment, ils n’ont pas encore de problème à ce que les gens publient de la bouillie d’IA sur la guerre, tant qu’ils ne font pas d’argent avec ». Mais c’est « un premier pas ».

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