« On cherchait de quoi animer le congrès de la Société française de physique (SFP) cette année-là », se rappelle le physicien Yves Sacquin, un des deux fondateurs. L’espoir était d’attirer des gens qui, en temps normal, ne seraient jamais venus à un tel congrès. Et les organisateurs étaient ambitieux : pas moins de trois bars des sciences furent organisés lors de ce congrès, sur le modèle des Cafés de philosophie qui avaient connu jusque-là un beau succès médiatique.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Aujourd’hui, c’est toujours la SFP qui est derrière les « Bars des sciences » de Paris, bien qu’il existe aussi un « Café des sciences » organisé par le Palais de la Découverte. La Société a pu aller chercher des subventions du ministère de la Recherche en créant un organisme distinct, subventions qui lui ont servi à se doter d’équipements techniques et à payer des musiciens, mais l’organisation continue de reposer largement sur les bénévoles.
Par rapport à son cousin québécois, le Bar des sciences parisien semble, aux yeux d’un Québécois de passage, plus formel : les invités sont rassemblés à une extrémité de la salle, comme un panel traditionnel, et ce sont eux qui sont au coeur de l’action, alors que la formule québécoise a plutôt tendance à les disperser parmi les autres convives. La discussion de mercredi dernier, peut-être en raison du sujet —Robotique et intelligence artificielle— était également, par moments, d’un très haut niveau, s’élevant jusqu’à des questionnements philosophiques sur la nature de la conscience —humaine, animale, artificielle.
Une vingtaine de personnes y assistaient, ce qui aurait été peu à Montréal —mais la salle du Viaduc Café n’aurait pas pu en accueillir davantage.
Les bars de science sont apparus à une époque où l’expression « science citoyenne » commençait à circuler, dans une volonté de créer des contacts directs entre scientifiques et citoyens. À l’heure où Internet commence à multiplier ces contacts, les bars des sciences seront-ils dépassés? Ce n’est certainement pas l’avis de son fondateur qui s’insurge contre l’idée : « ici, on propose de rencontrer de vrais gens; les blogues, je n’aime pas ça, c’est impersonnel et 80% des gens écrivent sous pseudonyme. Une personne qui me pose des questions sous pseudonyme, ça me rendrait mal à l’aise. »
Et « on continue de tester la formule », en particulier en changeant chaque année d’endroit, question d’aller chercher une clientèle différente. A en juger par la quantité astronomique de bars et de bistrots que compte Paris, le Bar des sciences peut se promener encore longtemps!
Pascal Lapointe





