Le temps nécessaire pour décoder un génome a diminué considérablement en 2008 et, plus important, la facture a dégringolé. Résultat, en 2008, deux compagnies ont publiquement commencé à proposer le décodage de « votre génome ». Portrait d’une bonne affaire.

Il est rare que des rats de laboratoire soient assis dans la première rangée des spectateurs d’un congrès scientifique. Ce fut pourtant le cas en octobre dernier de James Watson, fier d’avoir été ce rat de laboratoire : le découvreur de la structure de l’ADN il y a 51 ans avait en effet donné de sa personne, littéralement, en devenant en 2008 l’un des quatre êtres humains à avoir vu son génome entièrement décodé.

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Ce travail était l’oeuvre de 454 Life Science, une compagnie basée à Branford, Connecticut, fière —elle aussi— de profiter de ce coup de marketing : deux mois seulement pour séquencer l’ensemble du génome du Dr Watson, à un coût de 1 million$. Début-novembre, une concurrente, Illumina, basée à San Diego, affirmait être arrivée au même résultat en huit semaines, pour 250 000$.

Il y a plus d’une technologie possible, et une troisième compagnie, Pacific Biosciences, à Menlo Park, Californie, affirme que la sienne —suivre à la trace les enzymes qui « construisent » la double hélice de l’ADN— entraîne moins d’erreurs. C’est aussi ce que proclame l’Institut national de recherche sur le génome humain à Bethesda, Maryland, avec sa technologie dite de « séquençage par nanopores », encore en développement.

Bref, les coureurs sont nombreux, mais le fil d’arrivée est le même pour tous : un génome pour 1000$. Un fil d’arrivée qui n’est pas pour 2009, mais pas beaucoup plus tard non plus.

« Cela donne vraiment l’impression qu’une nouvelle ère commence », a commenté Martin Reese lors du congrès sur « la génomique personnelle », qui avait James Watson en vedette. « Les gens ne savent pas encore comment appliquer ces nouvelles technologies au génome humain, mais ça ne saurait tarder », poursuivait ce bioinformaticien, dans une entrevue pour la revue Nature .

Problème : cette course aux technologies masque peu à peu ce qui était resté, ces dernières années, l’enjeu éthique principal : est-il moral d’offrir à n’importe qui une batterie d’informations qui risque de faire plus de mal que de bien? Une personne peut par exemple être porteuse d’un gène de prédisposition au cancer du sein, cela ne signifie pas qu’elle aura un cancer du sein : mais l’interprétera-t-elle ainsi?

Et à quand une sélection des embryons en fonction des « risques » dévoilés par cette « génomique individualisée »?

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