Il n’en fallait pas plus pour que resurgissent les accusations, comme lors de chacune de ces conférences de la CITES (voir 2007 et 2002), sur la prépondérance des impératifs économiques sur les impératifs scientifiques.
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Une autre proposition, pour imposer un moratoire de 20 ans sur la vente d’ivoire afin de protéger les éléphants d’Afrique, a elle aussi été rejetée — en partie en raison du refus des pays de l’Union européenne, qui préfèrent encourager la vente de l’ivoire déjà entreposé par plusieurs nations africaines (un moratoire est en fait en place depuis 1989, mais des centaines de tonnes attendent leur tour d’être vendues, ce qui est vu comme une façon détournée d’encourager le braconnage).
Les frustrations sont particulièrement élevées ces jours-ci dans les cercles scientifiques, où on souligne que les études démontrant un déclin « catastrophique » du thon rouge n’ont même pas pu être prises en compte, puisqu’un vote rapide a été tenu avant même qu’un débat ait pu avoir lieu. Une réglementation de cette pêche a été rejetée par 68 voix contre 20... et 30 abstentions. Le thon rouge continuera d’avoir la faveur des sushis.
Mais avant de jeter tout le blâme sur les mangeurs japonais de sushis, considérez votre supermarché le plus proche. Comme l’explique le Times of India, le sort du thon rouge est intimement lié à l’expansion des techniques de... réfrigération : " C’est un goût que peu connaissaient jusqu’à ce que se répande la réfrigération qui a permis au thon d’être préservé et mis en marché. Cela coïncida avec la rapide croissance du Japon des années 1960, qui augmenta la demande pour des mets jusque-là peu consommés, comme le sushi. Les Japonais réalisèrent que les prises locales de thon ne pouvaient suffire à la demande, mais que s’ils développaient des techniques pour congeler le thon et le transporter par avion, alors le monde entier pourrait être une source de thon. Ce fut un tel succès que... l’aéroport Narita de Tokyo est nommé à la blague le plus grand port de pêche du Japon."
Les déboires des espèces menacées à cette conférence ne se sont pas arrêtés là. Ainsi, les requins : sur quatre espèces menacées, une seule (le requin-taupe, dont la population aurait dégringolé de 80% au cours des dernières décennies) a obtenu la protection de la CITES. L’opposition la plus forte, là aussi, est venue d’Asie : l’Indonésie, principal pêcheur de requins entre 2000 et 2007 selon les chiffres officiels, la Chine, principal consommateur, l’omniprésent Japon et les pays d’Amérique centrale et des Antilles, qui invoquent l’impossibilité d’exercer des contrôles dans leurs eaux. Le requin est surtout tué pour ses ailerons, et moins pour sa viande.
Même dynamique autour de l’ours polaire : une proposition américaine pour en limiter la chasse a été battue en brèche par les Inuits (appuyée par le Canada, la Norvège et le Groenland) qui invoquent que leur mode de vie en dépend.
C’était toutefois la première fois que la CITES, réunie cette année à Doha, au Qatar, incluait autant d’espèces marines dans son ordre du jour. Un petit pas en avant, se consolent les écologistes.





