Un pays, deux solitudes... La première tentative canadienne de calculer province par province les coûts d’une politique de réduction des gaz à effet de serre (GES) est accueillie, au Québec, par une manchette enthousiaste suivie d’une indifférence tranquille, mais au Canada anglais, par des commentaires hostiles et une tonne de briques.

« Des conclusions irresponsables », lançait jeudi le ministre canadien de l’Environnement, Jim Prentice. Un transfert de richesse inacceptable, ajoutait le premier ministre de l’Alberta, Ed Stelmach, en référence au fait que le rapport conclut que la politique souhaitée par les écologistes aurait de trop lourdes conséquences à son goût dans l’Ouest. L’opposition est clairement exprimée dans un titre du Calgary Herald : « Tuer la vache à lait n’est pas la solution ». Moins en colère, le Globe and Mail titre tout de même : « Le Canada peut atteindre ses objectifs climatiques, mais c’est l’Ouest qui signera les chèques ». Tandis qu’à l’inverse, Le Devoir titrait : « Réduire de 25% les GES ne freinerait pas l’économie ».

Le rapport, publié le 29 octobre, a été réalisé sous la gouverne de deux groupes environnementaux, la Fondation David-Suzuki et l’Institut Pembina, et financé par la Banque Toronto-Dominion. Mais le rapport ne parle nulle part de catastrophe économique : en comparant deux scénarios, celui (modeste) du Plan Harper de réduction des GES et celui privilégié par les écologistes, l’étude arrive au contraire à la conclusion que même avec le plan ambitieux, l’économie continuerait de croître.

Juste un peu moins vite : le PIB canadien augmenterait, entre 2010 et 2020, de 23% avec le plan ambitieux, plutôt que de 25% avec le Plan Harper. L’Alberta en « souffrirait » plus que les autres : son PIB augmenterait de 38% entre 2010 et 2020, contre 44%. Ce qui en ferait tout de même la plus forte croissance au Canada. Au Québec, l’effet serait à peu près nul.

C’est pourtant d’un chroniqueur albertain qu’est venue l’attaque la plus frontale contre ces opposants au rapport :

Après avoir écouté leur stupeur et leur colère, vous vous retrouvez avec deux conclusions possibles : a) le rapport est un plan d’action pour détruire l’économie ou b) ni [Ed] Stelnach ni [Jim] Prentice ne l’ont lu. Après l’avoir lu, j’opte pour « b ».

Le rapport, pour lequel les deux groupes environnementaux ont demandé la contribution de la firme d’économistes M.K. Jaccard, avance une quinzaine de mesures qui pourraient être nécessaires à l’atteinte, en 2020, d’une réduction de 25% des GES par rapport au niveau de 1990. Dont :

- une taxe au carbone de 50$ la tonne dès 2010, atteignant 200$ en 2020. C’est sur ce point que l’Alberta (et, dans une moindre mesure, la Saskatchewan) paierait le gros de la nouvelle facture, un fait qui est au coeur de la vive réaction là-bas, où on le perçoit comme un autre transfert de richesse vers les provinces « privilégiées » de l’Est. - Des normes plus sévères pour les automobiles, inspirées de la Californie - Des normes de construction et de chauffage plus sévères, pour économiser l’énergie.

En entrevue au Devoir, l’économiste en chef de la Banque Toronto-Dominion expliquait que cette étude a été financée afin de « fournir au public et à ses clients une série de références scientifiques solides pour que le débat au Canada sorte des hypothèses personnelles ou partisanes, jamais vérifiées par ailleurs avec rigueur ».

[ajout le 2 novembre à 12h49]