En cette année internationale de la biodiversité, la biodiversité se porte mal, mais mal à quel point? Le constat cruel vient de tomber : aucun des objectifs fixés en 2002 pour en réduire le déclin n’a été atteint.

Le troisième État mondial de la biodiversité, un rapport émanant des Nations Unies, prévient sans surprise qu’un nombre croissant d’habitats approche du « point de non-retour », au-delà duquel une « récupération » sera difficile ou impossible. Dans la liste figurent les victimes habituelles : des larges régions de la forêt amazonienne, plusieurs récifs de corail —peut-être l’écosystème marin le plus complexe que l’on connaisse— et l’empoisonnement par des algues de plusieurs lacs d’eau douce.

La première édition de ce rapport, en 2002 (une édition tous les quatre ans), fixait comme objectif global d'au moins réduire le rythme auquel décroît la biodiversité mondiale, et comme objectifs précis 21 cibles, toutes ratées. Il y a deux progrès qui surnagent : une réduction de la déforestation et un meilleur contrôle des espèces invasives.

L’échec ne vient pas juste du fait que les humains ont failli à prendre les mesures nécessaires : les éditions précédentes du rapport, écrivent les auteurs de cette 3e édition, ont aussi sous-estimé la sévérité de certaines pertes.

Des chiffres plus précis sont fournis par l’Union internationale pour conservation de la nature et sa Liste rouge : 21% des mammifères connus, 30% des amphibiens connus, 12% des oiseaux connus et 27% des récifs de corail recensés, seraient menacés d’extinction.

Mais le manque de gestes concrets posés depuis 10 ans est également en cause. « L’humanité s’est donné l’illusion que nous pouvions vivre sans biodiversité », lit-on dans le communiqué publié le 10 mai à Nairobi, en ouverture du congrès annuel de la Convention des Nations Unies sur la biodiversité. Ce congrès a pour but d’accoucher d’un plan de 10 ans pour aider les pays en voie de développement à renverser la vapeur, plan qui pourrait en théorie être voté lors du Sommet mondial sur la biodiversité qui doit avoir lieu à Nagoya, au Japon, en septembre.