Il y a deux semaines, un rapport optimiste concluait que seulement 26% du pétrole échappé dans le Golfe du Mexique, était toujours dans le Golfe du Mexique. Peut-être un peu trop optimiste, calcule-t-on maintenant.

Dès la publication de ces chiffres par l’agence américaine des océans (NOAA), le 4 août, des scientifiques avaient émis des doutes et des revues comme Nature et Science leur avaient donné écho. Une équipe de biologistes marins de Georgie vient de publier sa propre évaluation : selon elle, c’est plutôt 79% du pétrole échappé du puits qui serait toujours là-bas, soit flottant entre deux eaux, soit échoué sur les plages.

L’écart entre ces chiffres repose sur une question en apparence simple : à partir de quel seuil considère-t-on que le pétrole a complètement été dissous? Le rapport de la NOAA place le pétrole qui a été dispersé par les produits chimiques ou par la nature dans la catégorie « il est parti », alors que celui du Programme des sciences de la mer de Georgie le place dans la catégorie « il est toujours là ». Comme l’explique le communiqué de l’équipe de Georgie :

Une erreur courante est de croire que le pétrole qui s’est dissous dans l’eau est disparu et, par conséquent, sans danger. Le pétrole est toujours là-bas, et il prendra probablement des années à se dégrader complètement.

Interrogé par Nature le 10 août, un des signataires du rapport de la NOAA, Bill Lehr, reconnaissait que ses chiffres représentaient des estimations conservatrices, et ne tiennent pas compte des « incertitudes » —en d’autres termes, il y a une grosse marge d’erreur.

Une autre question, qui n’a jamais été résolue non plus et ne le sera peut-être jamais, est la quantité exacte de pétrole qui s’est échappée de ce puits, du 20 avril jusqu’à l’interruption de la fuite à la mi-juillet. La NOAA s’appuie sur la dernière estimation officielle (voir nos textes du 17 mai et du 26 mai), ce qui conduit à un total de 784 millions de litres, mais l’ampleur de la fuite pendant les premières semaines, alors que BP gardait un oeil jaloux sur l’information, reste sujette à bien des interprétations.

Parallèlement, d’autres chercheurs poursuivent le travail entrepris depuis le mois de mai : mesurer l’impact sur la vie marine de ce pétrole qui flotte entre deux eaux. Des chercheurs de l’Université de Floride ont publié le 17 août des résultats préliminaires faisant état d’une plus grande toxicité chez le phytoplancton recueilli dans les profondeurs (entre 500 et 1000 mètres), à proximité de la marée noire.

Pour sa part, Samantha Joye, de l’Université de Georgie, qui avait été la première scientifique, à la mi-mai, à réunir une équipe pour se rendre dans le Golfe, et la première à annoncer la présence de nappes sous-marines de pétrole —un fait longtemps nié par BP— tente à présent de mesurer l’impact du méthane qui s’est lui aussi échappé du puits. Le méthane est un gaz naturel mais qui, expulsé en trop grandes quantités, peut provoquer l’apparition de ce que les biologistes marins appellent des « zones mortes », en raison du manque d’oxygène. Il faudra des mois avant de mesurer quelle est la vitesse de dégradation du méthane à ces profondeurs.

[ Ajout, 20 août ] Le portrait se noircit encore: dans une étude parue le 19 août dans l'édition en ligne de Science, des océanographes américains rapportent avoir observé, entre les 19 et 28 juin, une nappe de pétrole sous-marine de 35 km de long. Il pourrait y en avoir d'autres, écrivent-ils, considérant les observations de l'équipe de Samantha Joye réalisées en mai sur une nappe sous-marine qui n'était pas la même que celle qu'eux ont suivie.