Ça joue dur autour du projet de pipeline canadien aux États-Unis. Un groupe qui en appelle à une série d’actes de désobéissance civile a eu droit à plus de 150 arrestations dimanche et lundi, devant la Maison-Blanche.

[ Ajout 24 août: Mercredi, le total des arrestations s'élevait à 275 ]

Le pipeline s’appelle Keystone XL. Et la cible de ses opposants, ce sont les sables bitumineux de l’Alberta. Les environnementalistes dénoncent depuis des mois la construction de ce pipeline de 7 milliards$, qui servirait à transporter le pétrole de l’Alberta jusqu’aux raffineries du Texas (2700 km). Quant aux sables bitumineux, ils ont eu droit à toutes les épithètes: «bombe de carbone», plus grands émetteurs de CO2 après les champs de pétrole d’Arabie...

Pour finir, c'est jusqu'au New York Times qui, dans sa page éditoriale du 22 août, a annoncé son opposition à la construction de ce pipeline.

Les opposants en appellent depuis ce printemps au président Obama pour qu’il refuse d’approuver la construction du pipeline. Officiellement, un dernier rapport d’impact environnemental doit être publié par le département d’État d’ici la fin du mois, et les autorités américaines doivent ensuite rendre leur décision finale. [ ajout 27 août: Le rapport du département d'État donne le feu vert au pipeline Keystone XL ]

Un des chefs de file du mouvement, et sans doute sa figure publique la plus connue, l’auteur et environnementaliste Bill McKibben, écrivait le 19 août dans le Washington Post :

Le dernier mot revient à Barack Obama, qui a déclaré le soir où il a obtenu la nomination du parti démocrate, en juin 2008, que sa victoire marquerait «le moment où la hausse du niveau des océans commencerait à ralentir et où notre planète commencerait à guérir»

La semaine dernière, le groupe Tar Sands Action (action contre les sables bitumineux) a donc annoncé deux semaines de désobéissance civile dans différents lieux des États-Unis, avec une attention toute particulière sur Washington, jusqu’au 3 septembre. Cette quinzaine devait démarrer par une manifestation et un «sit-in» devant la Maison-Blanche. Les policiers avaient prévenu les manifestants qu’ils seraient arrêtés s’ils ne quittaient pas les lieux: une centaine de personnes ont été arrêtées dimanche, et une cinquantaine lundi.

Il faut dire que les pipelines déjà existants ont donné des cartouches à leurs opposants. La compagnie Keystone est également derrière le pipeline TransCanada, où au moins 12 fuites ont été recensées depuis son ouverture en juin 2010. TransCanada relie les sables bitumineux de l’Alberta à des usines de raffinage en Illinois et en Oklahoma. Par ailleurs, plus tôt cette année, le site militant Desmoblog, s’appuyant sur un rapport de 2007 du Bureau de l’énergie de l’Alberta, parlait de «5000 fuites du pétrole de l’Alberta» entre 1990 et 2005, dans l’un ou l’autre des centaines de pipelines nord-américains.

Et ces fuites sont inévitables en raison du vieillissement des infrastructures, soulignait le Globe and Mail en mai dernier, alors que le liquide noir se déversait justement dans une forêt isolée du nord de l’Alberta.

Mais c’est le caractère polluant de l'extraction de pétrole à partir des sables bitumineux qui retient avant tout l’attention du côté américain. Comme ce pipeline permettra de doubler les importations canadiennes de pétrole, ce serait l’équivalent d’ajouter 18 millions de voitures sur les routes, a-t-on souvent pu lire ces derniers mois. Ce à quoi l’industrie et le gouvernement albertain répliquent que «leurs» sables sont «à peine» 10% plus polluants que le pétrole ordinaire. Mais même un rapport du ministère canadien de l’Environnement paru cet été évaluait que les émissions de gaz à effet de serre du secteur du gaz et du pétrole augmenteraient d’un tiers entre 2005 et 2020.

C’est tout cela que résume l’éditorial du 22 août du New York Times:

Nous avons deux grandes préoccupations: les risques de fuites de pétrole le long du pipeline, qui traverserait des régions fragiles, et le fait que l’extraction de pétrole à partir des sables bitumineux crée beaucoup plus d’émissions de gaz à effet de serre que la production conventionnelle. (...) Un nouveau rapport du ministère canadien de l’Environnement... estime que le Canada doublera sa production actuelle en une décennie... Ce qui signifie la coupe de 740 000 acres de forêts boréales —un réservoir naturel de carbone.