On n’a pas l’habitude de parler du cancer comme s’il s’agissait d’un virus qu’on peut attraper, mais c’est pourtant bien ce qui se passe chez un animal appelé le diable de Tasmanie.

Davantage connu pour son apparition aux côtés de Bugs Bunny, le petit diable pourrait être carrément rayé de la carte, si ce virus tueur continue de faire des ravages. Dans certaines régions de la Tasmanie, une grande île au sud de l’Australie, les populations ont diminué d’un énorme 95%. Et grâce aux analyses génétiques de ce cancer et de cet animal publiées la semaine dernière dans la revue Cell , on peut à présent retracer l’origine de ces ravages : une femelle infectée il y a 15 ans.

Mais infectée par quoi? Depuis quand le cancer est-il une maladie contagieuse?

En théorie, il ne l’est pas chez les humains. Mais si ça se produit chez ce mammifère —plus précisément, un marsupial, comme les kangourous— est-ce qu’un cancer pourrait devenir une maladie contagieuse chez nous aussi? C’est par ces analyses génétiques qu’on espère répondre à cette question —mais dans l’immédiat, on espère surtout trouver une clef pour sauver cet animal de l’extinction.

Le cancer du visage dont souffre le diable de Tasmanie se transmet par des morsures (on aura compris par son nom que c’est un animal très agressif). Lorsque les premières tumeurs apparaissent, l’animal n’a vraisemblablement plus que trois mois à vivre.

C’est la première fois que des scientifiques découvrent un cancer théoriquement capable d’éradiquer la totalité d’une espèce (en fait, selon le Scientific American , il n’y aurait qu’un ou deux autres cas connus de cancers contagieux), et cette première est sans doute liée au fait que le diable était déjà une espèce en situation précaire avant ce cancer. En juin 2011, une version préliminaire de son génome avait révélé une séquence génétique montrant une résistance à deux des trois souches du cancer: une espèce animale comptant plus d’individus ou plus de variété génétique aurait davantage de chances de survie.