Ambitieux… et très pragmatique. Le travail du Réseau canadien des biomarqueurs du cancer de la prostate donnera ses fruits d’ici 2016. Une nouvelle génération de biomarqueurs émergera et s’imposera tranquillement en clinique tant leurs avantages sont grands.

Petit coup d’œil sur ce vent nouveau qui pourrait souffler dans les voiles des patients et des cliniciens.

Dans son bureau de l’hôpital Saint-Luc à Montréal, le docteur Mathieu Latour, anatomopathologiste du CHUM et pathologiste principal pour le Réseau, n’en démord pas: «Ces biomarqueurs vont indéniablement aider les cliniciens et les patients à sortir de la zone grise.»

«Cette zone où même si le taux d’APS est bas, il y a de 25 à 30% de chance pour que le patient ait un cancer», me précise le docteur Klotz, chef de l’urologie au Sunnybrook Research Institute de Toronto et cochercheur principal pour le Réseau canadien des biomarqueurs du cancer de la prostate. «Le Graal dans ce domaine serait de trouver un biomarqueur ou vraisemblablement un ensemble de biomarqueurs capables de prédire l’histoire naturelle du cancer chez un patient et de réduire cette probabilité à 2-5%», explique le médecin.

«Ainsi, l’urologue pourrait orienter son patient avec plus de confiance soit vers un traitement si un marqueur d’agressivité a été détecté ou vers un protocole de surveillance active si aucun marqueur de mauvais pronostic ne ressort», continue le Dr Latour.

Cochercheuse principale du Réseau pour le compte du centre de recherche du CHUM, Anne-Marie Mes-Masson estime que «ces biomarqueurs permettront de stratifier les patients selon leurs risques. On peut même penser qu’en les combinant avec les données cliniques et biologiques du patient ou avec des données d’imagerie, on pourrait obtenir un score de risque. De quoi rassurer chaque malade dans sa décision de traitement.»

«Suffisamment en tout cas pour modifier les comportements de nos patients et élargir les rangs des hommes mis sous surveillance active», insiste le Dr Martin Gleave, uro-oncologue et directeur du Vancouver Prostate Cancer.

À ce jour, 80% des patients américains admissibles à la surveillance active choisissent de se faire traiter immédiatement par chirurgie ou radiothérapie et en subissent les effets secondaires (incontinence, impuissance, etc.). Pourquoi? Simplement parce qu’ils ont peur de manquer une opportunité de traitement si la maladie se développe à l’insu des outils de détection disponibles aujourd’hui. «Avec de bons biomarqueurs, on pourrait éviter ce phénomène et prescrire rapidement le bon traitement tout en assurant une bonne qualité de vie aux patients», dit le Dr Gleave. (Précision: au Canada, seulement 20% des hommes éligibles à la surveillance active se font traiter)

Le Dr Klotz y voit aussi une autre possibilité: «Utiliser les biomarqueurs pour localiser des cancers focalisés et éviter les biopsies. Cela favoriserait un traitement local (thérapie focale) au détriment d’une intervention radicale comme la prostatectomie.»

Vers une combinaison de biomarqueurs

Mais attention, aucun biomarqueur ne sera fiable à 100%. L’espoir des cliniciens? Identifier le cocktail de biomarqueurs qui pourra aider à prédire le mieux l’évolution du cancer chez leurs patients et faciliter la décision quant au traitement le plus approprié.

Eh oui, on parle bien de cocktail ici. «Nous aurons sûrement plusieurs jeux de marqueurs pour répondre aux questions en clinique: est-ce un cancer agressif ou à évolution lente? Une rechute est-elle possible? Le patient va-t-il bien répondre à ce traitement?», précise le Dr Saad, chercheur principal du réseau et chef du service d’urologie du CHUM.

Aujourd’hui, l’équipe canadienne a choisi de prioriser les biomarqueurs présents dans les tissus des patients. «Un choix qui s’explique par la réalité de la pratique en hôpital où l’immunohistochimie est utilisée couramment comme moyen de détection. Le transfert de la recherche vers la clinique serait plus aisé. Néanmoins, si un autre test prédictif ne peut se faire qu’avec une autre technique, il n’y a aucune raison pour qu’on ne l’adopte pas», indique Anne-Marie Mes-Masson.

Une prise en charge différente de la maladie

Le biomarqueur idéal? «Un marqueur sérique détectable par un test sanguin ou urinaire serait extraordinaire. Cela réduirait la morbidité de la biopsie et l’inconfort d’un tel prélèvement de tissu pour le patient», indique le Dr Mathieu Latour.

Sans compter que du côté du système de la santé, cela permettrait de réduire les dépenses liées aux examens. Des biomarqueurs fiables éviteraient aussi d’investir dans un traitement dont le patient n’a pas besoin. Un point que le Terry Fox Research Institute (TRFI) a bien compris en intégrant dans le projet un économiste de la santé. Car si les avantages des biomarqueurs sont flagrants, il faudra convaincre les décideurs sur un plan économique pour qu’ils intègrent les nouveaux outils à la panoplie clinique. Le TRFI et son équipe de chercheurs y veillent.

Et les malades, vont-ils bénéficier de nouvelles thérapies issues des biomarqueurs? «Les biomarqueurs ne vont pas changer notre offre thérapeutique. Au contraire, ils vont nous permettre de la mettre à profit différemment. Si on est capable d’identifier les signatures du cancer, de stratifier les patients en fonction de leurs risques, de prédire leurs réponses aux traitements, on pourra faire du sur-mesure», dit le Dr Saad. Une brise de médecine personnalisée souffle déjà sur le cancer de la prostate…

La réalisation de cet article a été rendue possible grâce à une bourse de journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada