En avril dernier, des policiers californiens arrêtaient le suspect d’un meurtre vieux de 40 ans grâce à l’A.D.N. d’un de ses cousins déposé dans une base de données généalogiques. Depuis, pas moins d’une vingtaine de cas semblables ont été signalés aux États-Unis, soulevant une troublante question : on approche peut-être du moment où n’importe qui, dans ce pays, pourrait être retracé par l’intermédiaire de l’A.D.N. d’un proche parent.

C’est en partie parce que c’est aux États-Unis que se trouve la plus forte proportion de gens qui ont fait séquencer leurs gènes, pour des raisons de santé ou de généalogie. Mais c’est aussi parce que la proportion à atteindre est plus faible qu’on ne l’imagine : seulement 2 % de la population doit avoir fait faire un tel test d’A.D.N. pour qu’on soit capable d’identifier n’importe qui d’autre, selon une recherche parue le 11 octobre dans Science. Et ce seuil va être de plus en plus facile à atteindre, évaluent les quatre chercheurs en génie informatique et en bio-informatique : en s’appuyant uniquement sur deux des « petites » bases de données généalogiques, qui comptent chacune un million de personnes, ils évaluent que 60 % des Américains de descendance européenne pourraient déjà être identifiés.

Dans deux à trois ans, avec n’importe quelle base de données permettant une recherche des cousins — ce que toutes ne permettent pas — ça devrait être 90 % des Américains. Si c’est une bonne nouvelle pour les policiers et pour les amateurs de généalogie, c’en est une moins bonne pour les défenseurs de la vie privée : autant de données en circulation seront des plus intéressantes pour des agences de publicité et des compagnies d’assurance…