Agacement, dégoût, peur… La liste des émotions suscitées par les insectes est longue et peu reluisante. Est-il possible de susciter de l'empathie à l'égard de ces petites bêtes ? C’est le pari lancé par l’Insectarium de Montréal pour amener le visiteur à s’interroger sur son impact sur la biodiversité.

Selon André-Philippe Drapeau Picard, biologiste à l’Insectarium de Montréal, le constat est sans appel : «Malgré des années de communications alarmantes sur le déclin des insectes, on n'a jamais vu les gens sortir dans la rue pour manifester pour les abeilles», glissait-il lors de son intervention plus tôt ce mois-ci au 88e congrès de l’Acfas. Des données simplement informatives ne suffisent pas à amener les citoyens (et par extension, les politiques) à changer leurs habitudes. Or, il est primordial de faire prendre conscience aux citoyens de leur impact sur les insectes pour enrayer leur déclin.

Le biologiste affirme que cette reconnexion peut se faire par l’empathie, en apprenant sur les insectes tout en interagissant avec eux. Il s’inspire pour cela d’une nouvelle approche éducative proposée en 2014 par l’écologiste Matthew Zylstra, qui propose une reconnexion à la nature par un mélange d’expérience, d’émotion et d’information. Les résultats de cette étude montraient que le citoyen en ressortait plus heureux, plus confiant en l’avenir face aux crises environnementales et plus susceptible d’adopter un comportement écoresponsable durable.

C’est autour de cette démarche qu’est organisée la métamorphose de l’Insectarium, qui ouvrira ses portes à l’automne 2021. En partie sous terre, le visiteur pourra faire l’expérience de voir comme une mouche, ou de se faufiler dans des failles souterraines telle une fourmi. Une seconde partie du musée sera immersive et accueillera entre autres des papillons en liberté. Selon André-Philippe Drapeau Picard, avant d’apporter des informations, «on cherche avant toute chose à susciter l’émotif pour préparer le terrain au cognitif : on veut d’abord que le public se mette à la place de l’insecte pour susciter l’entomophilie, c’est-à-dire le respect et la volonté de protéger les insectes ».

 

- Chloé Bourquin