Le recul de certains gouvernements quant à leurs politiques climatiques aurait-il une influence sur la façon dont les médias couvrent le sujet? Un groupe de recherche qui suit le travail des médias depuis deux décennies, constate qu’en 2025, pour la quatrième année d’affilée, le nombre de reportages a diminué, un peu partout dans le monde.
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À l’échelle mondiale, le total des reportages consacrés aux changements climatiques dans des journaux a en effet reculé de 14% en 2025 par rapport à l’année précédente, et de 38% par rapport à 2021. Ces chiffres apparaissent dans la nouvelle édition de l’analyse annuelle de l’Observatoire des médias et des changements climatiques, à l’Université du Colorado. La baisse était plus prononcée en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord.
Certes, la crise des médias est un enjeu. Rien qu’aux États-Unis, le réseau CBS News a mis à pied le gros de son « équipe climatique » en octobre 2025, et le Washington Post a fait de même en février 2026, en même temps qu’il annonçait des coupes dans l’ensemble de la rédaction.
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Mais ce ne sont pas seulement des variations attribuables à la diminution du nombre de journalistes. Les données de l’Observatoire révèlent que, depuis 2004, la couverture journalistique du climat a énormément fluctué, indépendamment de la crise des médias. On note une croissance dans la deuxième moitié des années 2010, avec un sommet —jamais atteint depuis— en 2010, puis un ralentissement de quelques années, puis une croissance en 2014-2015 —année de l’Accord de Paris— puis une croissance en dents de scie jusqu’en 2021, puis une décroissance par paliers depuis.

Source: Université du Colorado
Chose certaine, ces fluctuations ne correspondent en rien à la hausse des inquiétudes —et des factures— quant aux conséquences environnementales ou sanitaires des événements météorologiques extrêmes —ouragans, inondations, canicules ou sécheresses. « Les éditeurs de nouvelles et les journalistes peuvent avoir le sentiment que leurs lecteurs sont fatigués de lire et d’entendre sur les changements climatiques », note l’auteur principal de l’analyse, le professeur en sciences de l’environnement Max Boykoff, de l’Université du Colorado.
Mais un autre phénomène est peut-être sous-estimé, rappelle-t-il au journal de son université: les médias couvrent évidemment les événements météorologiques qui frappent leurs régions respectives, mais ils hésitent trop souvent « à faire les liens » entre ces événements « et un climat changeant, en raison de la politisation actuelle de la science du climat » —le simple fait de balayer sous le tapis des préoccupations environnementales pouvant aujourd'hui devenir un facteur d’identification à un parti politique.
Autrement dit, les médias parleraient abondamment de la météo et de ses conséquences, mais ne parleraient pas suffisamment du lien entre météo et climat —que ce soit à travers la science de l’attribution, les signaux d’alarme, les primes d’assurances, le manque de préparation ou les réfugiés climatiques. Des liens qui n’ont pourtant pas fini de s’additionner.





