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La Nouvelle-Orléans s’enfonce dans la mer: ce n’est pas une actualité, c’est ce qui explique que, depuis des décennies, des milliards de dollars aient été dépensés pour construire des barrières anti-inondations de plus en plus hautes. Mais si la tendance se maintient, la ville devra être abandonnée avant la fin du siècle.

Le processus consistant à reloger les habitants devrait commencer « immédiatement », conclut une étude dirigée par le professeur Torbjörn E. Törnqvist, de l’Université Tulane, en Louisiane. Lui et ses collègues ajoutent que les régions côtières de la Louisiane ont « déjà dépassé le point de non-retour ». 

Il faut se rappeler que la ville, ainsi qu'une bonne partie du sud de l’État de la Louisiane, logent sur « la scène d’un affrontement direct entre le gouvernement des États-Unis et le fleuve Mississippi »: c’est ce que résumait dès 1980 une étude de l’Université d’État de la Louisiane... et elle accordait la victoire au fleuve!

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À cet endroit, le Mississippi devient un delta, c’est-à-dire un amoncellement d’îles et de péninsules transformées au fil des crues saisonnières par les millions de tonnes de sédiments qu’a transportés le fleuve jusque-là. Avec pour conséquence qu’il s’agit de terres humides, qui sont presque au même niveau que le golfe du Mexique. Donc, fréquemment inondées, comme l’avaient constaté dès 1718 les Français qui avaient fondé la Nouvelle-Orléans : leurs fondations et leurs champs se remplissaient d’eau, et cette eau pouvaient rester là des mois. 

Les Français ont donc été les premiers à construire murs, digues et canaux de dérivation. D’autres villes en ont construit, conduisant le fleuve à déborder ailleurs, conduisant d’autres villes à construire d’autres infrastructures... 

Résultat, après 300 ans, les sédiments ne s’ajoutent plus aux îles et aux péninsules, ils vont plutôt se perdre au fond du golfe du Mexique. Et les terres restantes sont progressivement grugées par les tempêtes majeures, comme l’ouragan Katrina, qui avait tué plus de 1300 personnes en 2005.

En ajoutant à cela le réchauffement planétaire, la nouvelle étude estime que le sud de la Louisiane fera face, d’ici la fin du siècle, à une hausse du niveau de la mer de 3,7 mètres et à un recul du rivage d’une centaine de kilomètres. Transformant en îles ce qui restera de la Nouvelle-Orléans (360 000 habitants) et de la capitale, Baton Rouge (220 000 habitants). C’est dès maintenant qu’il faut préparer le « déménagement » de ces personnes, insistent les auteurs. 

L’étude, qui est parue le 4 mai dans la revue Nature Sustainability, est ce que cet éditeur appelle une « perspective », soit un type de recherche qui fournit une évaluation de la situation, plutôt que de nouvelles données. 

« Même si vous arrêtiez les changements climatiques aujourd’hui, les jours de la Nouvelle-Orléans seraient comptés », déclare au quotidien The Guardian le climatologue Jesse Keenan, également de l’Université Tulane, co-auteur de l’étude. « Elle sera entourée d’eaux libres et vous ne pouvez pas conserver une île située sous le niveau de la mer. Aucune quantité d’argent ne peut faire ça. »

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