S’il est facile de calculer que les femmes sont moins nombreuses à accéder à des postes supérieurs en science, peut-on démontrer hors de tout doute que la chose est, en 2012, encore causée par des préjugés? Il semblerait que oui... y compris chez les femmes.

Contexte. Le débat dure depuis des années: les étudiantes sont à présent plus nombreuses que les étudiants dans plusieurs secteurs scientifiques. Mais les femmes demeurent systématiquement sous-représentées à la tête des équipes de recherche, ou dans les postes de direction.

Et de nombreuses recherches l’ont démontré, les causes sont plus complexes qu’elles n’en ont l’air: les femmes sont nombreuses à faire des choix de vie différents des hommes, à commencer par le fait d’avoir un enfant. Et les structures encadrant et évaluant le travail des scientifiques sont souvent bien mal adaptées à la «conciliation travail-famille».

Mais au-dessus de cette réalité, se superpose un biais négatif contre les femmes, conclut une étude parue dans les Proceedings of the National Academy of Science. Un biais «subtil», mais néanmoins mesurable... à condition de créer une situation fictive.

La raison d’une fiction pour évaluer une telle chose, c’est qu’on peut en écarter tous les paramètres qui, au jour le jour dans une véritable université, auraient faussé les perceptions.

Des chercheurs de l’Université Yale ont donc envoyé à 127 professeurs de biologie, de chimie et de physique, le même CV d’un étudiant —à une seule différence près: dans la moitié des cas, il s’agissait d’un homme, dans l’autre moitié, une femme. Les professeurs devaient évaluer la candidature en se servant des outils habituels pour un tel poste —directeur de laboratoire— et ignoraient le but réel de cette «expérience».

Or, la «candidate» a obtenu en moyenne de moins bonnes notes que le «candidat» —pour la compétence, l’employabilité et la capacité du professeur à l’encadrer. Plus troublant encore, l’étudiante s’est fait offrir un salaire de départ, en moyenne, de 26 508$ contre 30 238$ pour l’étudiant.

Et pis encore, ces préjugés semblent également se manifester... chez les femmes. Autant les hommes que les femmes ont en effet plus mal noté le CV lorsqu’ils croyaient qu’il provenait d’une candidate. Ce qui explique le commentaire des auteurs de la recherche, dirigée par Corinne Moss-Racusin:

Bien que l’université exprime un biais sexiste, nous ne suggérons pas que ce biais soit intentionnel ou résulte d’un désir conscient de nuire à l’avancée des femmes en science. Des études passées ont indiqué que le comportement des gens était façonné par des biais implicites ou involontaires, émergeant d’une exposition répétée à des stéréotypes culturels bien répandus qui décrivent les femmes comme moins compétentes...

Ce qui est bien dit, mais ne rend pas la chose plus agréable pour autant.