Les extrémistes religieux qui ont pris le contrôle de vastes régions de Syrie et d’Iraq se justifient par l'Histoire et la religion pour occuper ces villes et villages. Mais il existe aussi une autre raison: l’eau.

L’EIIL se proclame le seul véritable gouvernement d’une région d’avant le tracé des frontières par les forces européennes il y a un siècle. Formé d'extrémistes religieux qui veulent un État basé sur la charia, il fait partie des rebelles qui combattent le dictateur syrien, et à ce titre, contrôle depuis six mois une partie de l’est de la Syrie. Ces combattants franchissent depuis sans problèmes la frontière poreuse et des combats du côté irakien, le long de l’Euphrate, ont cours depuis janvier. La ville de Fallujah, sur l’Euphrate, était tombée entre leurs mains en mai. Mossoul et Tikrit, la semaine dernière, sont sur le Tigre.

Or, alors que des observateurs s’inquiétaient la semaine dernière d’un assaut sur Bagdad, qui n’est quà 160 km de Tikrit, le contrôle des deux fleuves ne rend même pas nécessaire un assaut militaire. L’Iraq, comme le rappelle le New Scientist , c’est l’ancienne Mésopotamie: un immense désert, à l’exception de deux vallées, celles des deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate. Depuis des milliers d’années, qui contrôle les fleuves, contrôle le pays.

C’est en effet de ces fleuves dont dépend l’agriculture qui nourrit des dizaines de millions de personnes. C’est d’eux dont dépend la majeure partie de l’eau potable des villes. Ainsi qu’une partie de l’électricité. Et aujourd’hui, la régulation de leurs cours est assurée par de nombreux barrages, dont plusieurs sont dans la région sous la domination de l’EIIL. L’un d’eux était décrit en 2007, par le Corps des ingénieurs de l’armée américaine, comme étant à risque d’effondrement.

En mars dernier, l’EIIL avait fermé les vannes d’un barrage près de Fallujah afin d’inonder les terres avoisinantes et freiner l’avance des forces irakiennes.

Ceci dit, la véritable embouchure de l’Euphrate est plus au nord encore, en Turquie... qui s’est récemment fait accuser de vouloir réduire le cours de l’Euphrate. La guerre qui s’amorce pourrait bien être une guerre de l’eau.