Lors de son discours annuel sur l’État de l’Union, le 20 janvier, le président Obama a utilisé une expression qui a provoqué bien des interrogations: la «médecine de précision». De quoi parlait-il et quelle importance faut-il y accorder?

Il s’agit d’un concept qu’on appelait encore, il n’y a pas si longtemps, la «médecine génétique» ou même, la «médecine personnalisée». Soit cet espoir, dont on parlait par exemple sur cette page en 1993, qu’en décodant nos gènes avec de plus en plus de précision, on en arrive à pouvoir doser des médicaments en fonction de chaque personne.

La perspective intéresse les compagnies pharmaceutiques, dans un contexte où leur complainte des dernières années a été que la production de nouveaux médicaments atteignait ses limites.

L’Initiative sur la médecine de précision, lancée officiellement le 30 janvier par la Maison-Blanche et qui pourrait être dotée d’un budget de 215 millions$, a été saluée avec enthousiasme par la presse économique, en dépit du fait que ses objectifs à long terme sont encore vagues.

Les objectifs à court terme, eux, sont par contre d’ores et déjà définis: le gros de cette somme ira à deux grands projets, l’un (130 millions$) pour effectuer un suivi d’un million de volontaires dont on aura séquencé le génome, l’autre (70 millions$) pour identifier les facteurs génétiques liés au cancer. Mais combien de temps faudra-t-il pour dégager de cette masse nouvelle de données des pistes pharmaceutiques solides, personne ne s’avance.

Il faudra aussi que ce budget passe, dans les prochaines semaines, au travers du processus d’approbation du budget fédéral américain.

La science serait-elle en train de s’éloigner du modèle traditionnel du «médicament pour tous» (one-size-fits-all), au bénéfice d’un médicament «individualisé», comme le prétend le bureau scientifique de la Maison-Blanche dans ses documents? C’est ce qu’on disait de la médecine génétique ou de la médecine personnalisée il y a 30 ans, et des éthiciens, entre autres, ont, depuis, reproché aux promoteurs de ce concept leur enthousiasme exagéré: le territoire à défricher s’est avéré beaucoup plus complexe que prévu.

Comme le rappelait un article de la revue Science en 2011 —à l’occasion du 10e anniversaire du décodage du génome humain— la génétique a certes progressé à une vitesse fulgurante dans sa capacité à accumuler les données... mais il reste à apprendre comment traiter toutes ces données!

La différence est que jamais on n’avait eu droit auparavant à une somme de 215 millions...