En 2019, ceux qui voulaient nier ou minimiser les crises environnementales ou climatiques ont dû se faire particulièrement louvoyants, parce que les nouvelles études, jetant un regard planétaire, n’ont pas laissé beaucoup de répit. Entre le déclin de la biodiversité et la hausse du niveau des océans, entre les records de chaleur et l’insécurité alimentaire, l’écoanxiété a trouvé de quoi se justifier.  

Parmi les publications qui se sont détachées du lot cette année: 

  • jusqu’à un million d’espèces animales et végétales sont poussées à l’extinction par nous  -Rapport de l’IPBES, ou Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, en mai
  • la hausse du niveau des océans atteindrait 1,1 mètre en 2100 dans le scénario (pour l’instant optimiste) où la hausse de la température atteindrait les 3 degrés -Rapport spécial du GIEC sur les océans, en septembre;
  • les humains ont dégradé un quart des terres émergées, et le réchauffement accentue d’ores et déjà cette dégradation des sols, avec des conséquences prévisibles sur la sécurité alimentaire de nombreuses populations -Rapport spécial du GIEC sur l’impact du réchauffement climatique sur les sols, en août
  • les simulations climatiques les plus récentes et les plus poussées prévoient un réchauffement plus important en 2100, et l’idée de limiter la hausse de température à 1,5 degrés est utopique -Rapport du Centre national de la recherche scientifique, France, en septembre
  • les années 2010 seront la décennie la plus chaude depuis un siècle et demi -Bulletin de l’Organisation météorologique mondiale, en novembre
  • la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère continue d’augmenter et ne montre aucun signe qu’elle approche d’un sommet -Emissions Gap Report, du Programme des Nations Unies pour l’environnement, en novembre

Ces rapports ne contiennent aucune découverte inédite: ils ajoutent à ce qu’on savait déjà, ils renforcent ce qu’on avait déjà établi ou ils confirment les signaux d’alarme déjà entendus. Certains sont le résultat direct de progrès technologiques ou d’opérations à grande échelle mises en place au cours des années 2000 et 2010:

  • le système mondial de balises Argos: à ce jour, quelque 3800 de ces balises flottantes, reliées par satellites, mesurent la température et la salinité de l’eau, les plus anciennes depuis deux décennies; 
  • l’opération IceBridge de la NASA: collecte de données par satellites et par avions sur les calottes polaires, en cours depuis 2003; 
  • le programme Sentinel Array: observation satellite de la Terre par l’Agence spatiale européenne. 

Il ne faut donc pas s’étonner que des données récoltées à l’échelle planétaire soient de plus en plus raffinées à mesure que les années passent, et que, lorsque les modèles se projettent en l’an 2100, leur marge d’incertitude soit moins grande que dans les années 2000. Encore que, sur ce dernier point, le plus étonnant cette année ait été d'apprendre que même les modèles climatiques « primitifs » d’il y a 50 ans étaient déjà capables de frapper la cible avec une certaine précision.

Dans son dernier éditorial, consacré aux années 2010 qui s’achèvent, la revue Nature émet à ce sujet un souhait pour les années 2020: 

Les années 2010 ont vu des percées dans la science de pointe, de l’édition de gènes jusqu’aux ondes gravitationnelles. La décennie à venir devrait se concentrer sur les changements climatiques.