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En Ukraine, des combats à proximité de deux centrales nucléaires, dont celle de Tchernobyl, ont ravivé ces dernières semaines les craintes d’un désastre. Mais sans minimiser la gravité de l’enjeu, il est également possible de se rappeler que le risque d’un accident majeur est minime.

La centrale nucléaire de Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine, est ainsi celle qui a frappé l’imagination, lorsqu’on a appris le 3 mars que des combats avaient lieu à proximité et qu’un incendie avait éclaté dans un bâtiment. Au final, il ne s’agissait que d’un bâtiment administratif et les flammes n’ont jamais menacé un des six réacteurs, a assuré le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi. De surcroît, seulement deux de ces réacteurs sont actifs.

Un centre de recherche nucléaire —pas une centrale nucléaire— situé à Kharkiv a également suscité de l’inquiétude le 7 mars, lorsque l’AIEA a annoncé qu’un bombardement, la veille, avait endommagé le bâtiment. Un autre bombardement a eu lieu le 10 mars. Aucune radioactivité n’a été détectée s’échappant du site. L’Institut produit des isotopes à des fins médicales et industrielles. Et même dans le pire des scénarios, il n’abrite qu’une quantité minime de matière dangereuse, selon le New Scientist.

Enfin, il y a le cas de Tchernobyl, site du plus gros accident nucléaire de l’histoire, en 1986. Il est possible que la montée en flèche des niveaux de radioactivité mesurés le 24 février —montée qui a été rapidement suivie d’un retour à la normale— soit attribuable aux sols chargés de poussières radioactives qui ont été remués par le passage des véhicules lourds de l’armée russe. Quant au réacteur lui-même, il faut se rappeler qu’il ne fonctionne plus depuis 20 ans. Cela veut dire que la radioactivité qui subsiste à l’intérieur de la « coquille » placée au-dessus représente un danger potentiel, mais un danger mineur en regard de ce qu’avait été la catastrophe de 1986.

Qui plus est, la centrale de Zaporijia, comme 11 des 15 autres réacteurs d'Ukraine, est de la génération dite VVER, plus sécuritaire que Tchernobyl et même que Fukushima, site de l’accident nucléaire japonais de 2011. Les six réacteurs de Zaporijia sont ainsi dotés d’enceintes de confinement —destinées à empêcher une fuite de matériel radioactif— et chaque réacteur peut être refroidi par sa propre alimentation en eau. Il y a aussi des systèmes de refroidissement d’urgence. Et même si tout devait faillir —plus d’électricité pour faire fonctionner ces systèmes, plus de carburant pour les génératrices— l’eau des réacteurs se mettrait effectivement à bouillir et les barres de combustibles que cette eau sert à refroidir se retrouveraient à l’air libre —mais toujours à l’intérieur de leur enceinte de confinement.

Malgré toutes ces observations pour l’instant rassurantes, il serait irresponsable de ne pas prendre des précautions élémentaires: c’est ainsi que l’AIEA s’est inquiétée de la prise de contrôle du site de Zaporijia par l’armée russe, et des difficultés apparentes des techniciens ukrainiens à accéder au site, en violation des accords internationaux sur la sécurité nucléaire. Ces accords stipulent que le personnel d’une centrale doit être capable, quoi qu’il arrive, d’effectuer ses tâches et de prendre des décisions. D’autres experts ont critiqué avec force l’interruption des communications avec le monde extérieur, communications qui permettent d’effectuer un suivi à distance des niveaux de radiations.

Dans le cas de Tchernobyl, l’inquiétude n’est pas du côté de la coquille, mais de l’alimentation en électricité pour faire fonctionner les systèmes de refroidissement (c’est ce qui avait failli à Fukushima). Selon Anna Veronika Wendland, de l’Institut Herder de recherches historiques sur l’Europe de l’Est, en cas de panne d’électricité dans toute la région, les génératrices auraient assez d’essence pour garder les systèmes fonctionnels pendant 48 heures. Mais même ainsi, sur la base de ses simulations, l’AIEA ne juge pas la situation à Tchernobyl comme étant « critique ».

Enfin, il faut noter que la Russie n’a pas avantage à ce qu’une catastrophe nucléaire se produise en Ukraine: elle recevrait inévitablement chez elle une partie de la radioactivité à cause des vents dominants. C’est dans ce contexte que l’experte Anna Wendland voit cette peur autour des centrales nucléaires comme une stratégie utilisée à son avantage par le gouvernement russe.   

Photo: Les 6 réacteurs de la centrale nucléaire de Zaporijia, en 2009 / Wikipedia Commons