Contrairement à l’impression qui pourrait s’en dégager, le dernier volume du rapport du GIEC, paru lundi, n’est pas un document qui se concentre sur les malheurs qui nous attendent. C’est un document qui décrit, en 3675 pages, les diverses pistes de solution pour réduire les risques et atténuer les dégâts.

Le rapport rappelle d’abord une évidence: la facture d’une transition dès maintenant est de loin inférieure à ce que sera la facture des dégâts qu’il faudrait éponger dans le futur si on attend trop. En d’autres termes: les coûts à long terme seront plus élevés si on n’agit pas à court terme.

Concrètement, pour arriver à un scénario de carboneutralité en 2050 (c’est-à-dire un scénario où l’humanité produirait encore des énergies fossiles mais où celles-ci seraient compensées par d’autres actions) :

  • L’industrie : doit s’ajuster (ou être poussée par les gouvernements à s’ajuster) de manière à agir sur l’ensemble du cycle de vie d’une ressource naturelle, depuis son extraction jusqu’au recyclage du produit en passant par l’efficacité énergétique de la chaîne de production et une réduction des pertes, comme les fuites de méthane.
  • L’agriculture et l’utilisation des terres: doit elle aussi s’ajuster pour mieux gérer les ressources « comme les marais côtiers, les tourbières, les savanes et prairies ». Ce secteur est, de plus, celui qui peut contribuer à la compensation des émissions d'énergies fossiles par des plantations d’arbres ou la création d’aires protégées. Ou contribuer à l’atténuation des dégâts par la préservation ou la restauration de zones inondables. Une gestion plus efficace des terres destinées aux cultures et aux élevages est aussi prise en compte dans les pistes de solution: c’est d’ailleurs dans ce chapitre du rapport que les auteurs insistent pour la première fois sur la différence que peuvent faire les consommateurs en adoptant un régime alimentaire moins riche en viande.
  • Les transports: doivent être réduits de plusieurs façons. Grâce au télétravail, grâce à une gestion plus efficace des livraisons par camions dans les villes, grâce à davantage d’investissements dans les transports en commun et dans les infrastructures pour vélos et piétons, en mettant un frein a l’étalement urbain, en accélérant l’électrification des véhicules… Des mesures qui auraient, en plus, un impact bénéfique sur la santé et se répercuteraient du coup sur cette facture à long terme: en l’occurrence, moins d’impacts négatifs sur les soins de santé du futur en agissant plus tôt.
  • L’énergie: la production d’électricité mondiale par le charbon, le pétrole et le gaz, doit impérativement diminuer d’ici 2050, respectivement de 90%, 60% et 45%. Un défi plus grand dans certaines régions du monde que dans d’autres. Le GIEC note à ce sujet qu’une des choses qui ont progressé de façon positive depuis son dernier rapport, c’est la diminution du coût de production d’électricité par le solaire (réduction de 85% entre 2010 et 2019 et de l’éolien (55%). Mais qu’en parallèle, « les flux financiers privés et publics vers les énergies fossiles sont toujours plus importants que ceux pour l'adaptation et l'atténuation du changement climatique  ». Selon une estimation citée dans le rapport, les financements destinés à la transition énergétique devraient être trois à six fois plus importants dans les années 2020, pour respecter les objectifs de 1,5 degré ou de 2 degrés inscrits dans l’Accord de Paris.

« Le GIEC nous dit que nous avons les connaissances et la technologie » pour atteindre ces objectifs, a résumé lundi matin, lors de la conférence de presse, le directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen.

Rappelons que le GIEC n’a pas pour mission de faire des recommandations: il fait une synthèse des connaissances et il présente, sur la base de ces connaissances, une évaluation des bénéfices ou des conséquences qu’auront différents niveaux d’actions. Ou bien, depuis que les objectifs de 1,5 degré ou de 2 degrés sont à l’ordre du jour, il fait une évaluation des conditions qui sont nécessaires pour atteindre l’une ou l’autre de ces cibles.