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Quel lien entre les grenouilles et la malaria? La disparition des petites bestioles aurait indirectement provoqué une résurgence de la maladie. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour les humains, quand on pense au recul mondial de la biodiversité.

Du côté des amphibiens en général et des grenouilles en particulier, il y a longtemps qu’on documente un déclin de leurs populations. En plusieurs endroits, un champignon aquatique a été pointé du doigt: Batrachochytrium dendrobatidis. Originaire d’Asie, on lui attribue depuis les années 1980 la disparition de pas moins de 90 espèces d’amphibiens. Et plus de 400 autres espèces auraient perdu plus des trois quarts de leurs individus. Ce champignon, en se collant à la peau de ces animaux, bloque littéralement leurs organes respiratoires.

Or, plus les années passent et plus on peut observer l’impact de ces disparitions sur les écosystèmes locaux. Au début, considérant ce dont se nourrissaient les grenouilles, personne n’avait été étonné que les biologistes aient noté une hausse des populations d’insectes. Mais à présent, une étude parue le 20 septembre dans la revue Environmental Research Letters surprend davantage : une hausse des cas de malaria chez les humains en Amérique centrale.

Dans les deux pays étudiés par ces chercheurs (Costa Rica et Panama) on note en effet une hausse significative des cas pendant au moins les huit années suivantes, avec un pic dans la sixième année. Dans le modèle soumis par les chercheurs, cet impact semble se vérifier comté par comté, quand on compare le déclin des grenouilles et l’incidence des cas de malaria, au rythme moyen d’un cas de plus par 1000 habitants. On observe même un déplacement d’ouest en est —du Costa Rica vers la région du canal de Panama— entre les années 1980 et 2010.

Ce serait la première démonstration d’un impact sur les humains de cette disparition des grenouilles. Ce serait en fait la première preuve tangible que cette perte de biodiversité se répercute sur la santé humaine.

Ce dernier constat prend encore plus d’importance quand on se rappelle que l’épidémie de coronavirus des trois dernières années a en partie ses origines dans une perte de biodiversité: des espèces qui ont des habitats de plus en plus restreints et qui entrent en contact avec d’autres espèces, que ce soit dans la nature ou dans un marché public. Et les amphibiens sont considérés parmi les groupes d’animaux les plus menacés sur notre planète.

Une petite bonne nouvelle est malgré tout contenue dans les données de cette nouvelle recherche: l’incidence de malaria a commencé à diminuer après la sixième année. Il pourrait s’agir du signe qu’un nouveau prédateur des moustiques a pris la place des grenouilles, ou que l’épandage d’insecticides, lui-même stimulé par les cas de malaria, a eu un impact. À suivre.

 

Photo: La grenouille dorée du Panama, aujourd’hui possiblement disparue / Wikipedia Commons