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L’Institut MAHA, un groupe de pression créé pour appuyer Robert F. Kennedy dans sa croisade à la tête du ministère de la Santé des États-Unis, a décrété cette semaine que le calendrier de vaccination infantile devrait être « éliminé ».

« Tous les vaccins doivent être retirés du marché jusqu’à ce qu’ils puissent être prouvés sécuritaires et efficaces », a déclaré à une audience partisane le directeur des politiques de l’organisme, Mark Gorton. Ce public était réuni le 9 mars dans un hôtel de Washington pour un « panel de discussion » intitulé « Épidémie massive de victimes de la vaccination ».

Une telle prise de position n’engage que l’organisme, mais Kennedy n’a pas fait mystère, depuis les années 2010, de son scepticisme à l’égard des vaccins en général, voire de son opposition. Et depuis sa nomination, on a vu apparaître dans les postes de direction de différentes agences du ministère de la Santé, des gens ayant affiché tout aussi fort leur opposition aux vaccins. Même le comité aviseur sur les vaccins du Centre de contrôle des maladies (Advisory Committee on Immunization Practices, qui existe depuis 1964) a vu ses 17 experts être remplacés en 2025 par des non-experts, dont au moins trois ont fait part dans le passé de leur virulente opposition aux vaccins.

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Robert Kennedy n’était pas présent à cette rencontre de l’Institut qui porte le nom de son mouvement (MAHA, pour Make America Healthy Again), mais « son nom et son visage étaient partout », rapporte la journaliste du magazine en ligne NOTUS, spécialisé en politique. Parmi les conférenciers vedettes, Del Bigtree, directeur des communications de Kennedy pendant sa campagne présidentielle de 2024, populaire influenceur, défenseur pendant la COVID de toutes sortes de théories du complot, venu promouvoir, dans cette rencontre de Washington, l’idée fausse que « les vaccins causent l’autisme ».   

Derrière cet organisme, il y a donc le « mouvement MAHA », formé à la fin de 2024. Et qui, depuis, oriente certaines des priorités du ministère de la Santé. Par exemple, en janvier, l’allègement du calendrier de vaccination infantile, ou bien en décembre, les restrictions d’accès aux vaccins contre la COVID et l’hépatite B

Un mouvement face à ses contradictions 

Par contre, serait-il possible que ce mouvement ait déjà frappé un mur? Comme le notait en janvier le média C&EN (Chemical & Engineering News), MAHA est également une coalition très disparate : certains de ses adhérents réclament une interdiction totale des pesticides, d’autres veulent simplement davantage de recherches en nutrition; certains veulent que soient évités tous les médicaments, d’autres veulent déréglementer les médicaments psychédéliques. 

Et déjà, rappelle NOTUS, une partie du mouvement a fait part de sa colère face au gouvernement Trump, pour avoir autorisé en février l’accroissement de la production de glyphosate, le pesticide le plus vendu aux États-Unis. D’autres reprochent à Kennedy la « timidité » des actions entreprises jusqu’ici contre les vaccins, et il n’est pas clair s’ils seront satisfaits de ce qui s'en vient : en décembre, le principal sondeur de l’équipe Trump avait recommandé la prudence sur le front antivaccins, prévenant que, dans les districts où l’élection de novembre prochain sera serrée, 86% des électeurs, dont une majorité au sein même de MAHA, sont d’accord pour dire que les vaccins sauvent des vies. 

Autrement dit, la demande de l’Institut MAHA d’éliminer le calendrier de vaccination infantile serait une décision politiquement risquée pour les républicains. Si ça se réalisait, ce ne serait pas pour déplaire à Mark Gorton, le directeur des politiques de l’Institut, qui a profité de la rencontre du 9 mars pour proclamer que la polio était « une fraude », et que les vaccins étaient « la plus grosse arnaque de l’histoire médicale ». Ni à Del Bigtree, qui a affirmé que la rougeole était une bonne chose puisqu’elle réduisait les risques de cancer —une affirmation qui a été étudiée, et qui ne repose sur rien. Une affirmation qui arrive, de plus, au moment où 2026 s’annonce comme une année capable de battre le record des cas de rougeole

Mais les sondages ont donné à réfléchir, reconnaît cette semaine, dans le magazine médical KFF Health News, l’ex-élu républicain de l’Indiana Larry Bucshon, lui-même médecin retraité. Son parti politique, dit-il, ne peut pas risquer de s’aliéner « des parents de jeunes enfants qui seraient ébranlés par des publicités des démocrates » critiquant l’attitude antivaccins de leurs adversaires, « à un moment où des centaines de cas de rougeole surgissent à travers les États-Unis ».

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