femme-Afrique-mains.jpg

La meilleure stratégie pour contrer les mariages précoces des filles dans certains pays en développement : l’éducation. Une étude menée dans une région rurale du Nigéria conclut qu’une expérience communautaire de retour à l’école pour les adolescentes a contribué à une diminution de 80% des mariages chez les filles de moins de 18 ans.

Mais ce n’est pas seulement l’éducation qui serait en cause. Bien que le volet le plus visible de cette expérience ait été le programme Pathways to Choice destiné aux adolescentes, les chercheurs soulignent que ce qui a fait la différence, ce fut d’avoir enrôlé « toute la communauté » dans une expérience présentée comme positive pour les adolescentes, sans jamais évoquer la question des mariages.

C’est ainsi que les chefs religieux locaux ont pu être impliqués dans le programme, explique l’une des trois co-auteures, Maryam Abubakar, du Centre for Girls Education. « Nous avons eu des réunions avec eux, nous avons présenté le projet et nous avons eu la chance qu’ils l’acceptent. Ils ont été impliqués dans le programme dès le début. » 

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

L’expérience a été menée dans 18 communautés du nord du Nigéria, de 2018 à 2020. Elle a consisté à enrôler près de 1200 adolescentes, qui avaient pour point commun de ne pas être mariées et d’avoir déjà quitté l’école au début du projet. Les 18 communautés étaient divisées par paires, l’une participant au programme et l’autre non. Deux ans plus tard, 79% des adolescentes participant au projet n’étaient pas mariées, contre seulement 14% de celles qui n’y avaient pas participé. Les résultats sont parus le 11 mars dans la revue Nature

Dans le nord du Nigéria, rappellent les auteurs, près de 80% des filles sont, en temps normal, mariées avant l’âge de 18 ans, et 48% avant l’âge de 15 ans. La plupart de celles qui se marient ont déjà quitté l’école à ce moment, ou la quittent immédiatement après leur mariage. « Bien que de tels mariages puissent être jugés comme la meilleure option disponible par les filles et les parents, de nombreuses études suggèrent que, lorsqu’un mariage décalé est rendu possible, cela apporte des bénéfices en termes d’éducation, améliore la santé en réduisant les taux de mortalité et de maladies » des futures mères. 

Or, le pari qu’ont fait les chercheurs, c’est d’éviter une stratégie de confrontation qui aurait consisté à faire la leçon sur ces bénéfices. « Plutôt que de concevoir une intervention qui ciblerait explicitement le mariage des enfants, c’est une représentation beaucoup plus positive » consistant à se concentrer « sur la valeur de l’éducation des filles », commente, dans un reportage de la revue Nature, le Britannique William Rudgard, spécialiste des interventions sociales dans la santé adolescente. 

Le programme se poursuit actuellement dans 40 autres communautés du Nigéria, grâce à un don de la Fondation Gates. Pendant la période 2018-2020, l’intervention coûtait environ 345$ par adolescente.

Je donne
EN VEDETTE
Publicité
Appel à tous!
Publicité