Les décisions récentes de plusieurs gouvernements pourraient laisser croire que l’environnement n’est pas une priorité pour les citoyens —au contraire de l’économie, de la santé ou de l’éducation. Le Détecteur de rumeurs constate toutefois que l’appui aux politiques climatiques est beaucoup plus élevé et beaucoup plus répandu qu’on ne le pense. Même aux États-Unis.
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Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump à Washington en janvier 2025, plusieurs politiques climatiques ont été abandonnées, des agences gouvernementales ont subi des coupures et des recherches ont été annulées. En février 2026, le gouvernement a annoncé qu’il annulerait une politique qui permettait depuis près de 20 ans de réglementer les émissions de gaz à effet de serre.
Les orientations de l’occupant actuel de la Maison-Blanche ne semblent toutefois pas en accord avec les préoccupations de ses concitoyens. Un sondage mené par Gallup en mars 2026 révélait que 63 % des Américains jugent que leur gouvernement n’en fait pas assez pour protéger l’environnement. De plus, 58 % des répondants croient que la protection de l’environnement devrait être priorisée par rapport à la croissance économique.
Un appui clair
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Ces résultats peuvent sembler surprenants parce qu’ils ont eu beaucoup moins d’échos médiatiques que les changements aux politiques gouvernementales. Et pourtant, ce sondage va dans le même sens que plusieurs autres, et pas juste aux États-Unis. Par exemple, entre mars 2021 et mars 2022, des chercheurs français ont mené un sondage auprès de 40 000 personnes dans 20 pays. Ils ont constaté que 84 % des répondants estimaient que leur pays devrait prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques. Cette proportion était de 82 % au Canada.
De la même façon, selon un sondage réalisé en 2023 auprès d’utilisateurs de Facebook dans le cadre du Programme sur la communication des changements climatiques à l’Université Yale, le climat devrait être une priorité « importante » ou « très importante » pour leur gouvernement, d’après une majorité de répondants dans 103 des 110 pays sondés. Au Canada, 67 % des répondants étaient en accord avec cette affirmation.
Enfin, en Allemagne en 2024, des chercheurs ont analysé les résultats d’un sondage Gallup réalisé en 2021-2022 auprès de 1000 personnes par pays, pour un total de plus de 129 000 répondants. Ils ont constaté que 89 % d’entre eux pensaient que leur gouvernement devrait en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique.
Mauvaise perception de l’opinion des autres
L’analyse des chercheurs allemands a fait ressortir un autre aspect. Alors que 69 % des répondants se disaient prêts à contribuer à la hauteur de 1 % de leur revenu familial chaque mois pour lutter contre le réchauffement climatique, ils croyaient que seulement 43 % des autres répondants seraient prêts à faire comme eux.
Une étude réalisée aux États-Unis en 2021 était arrivée aux mêmes résultats. Les participants pensaient que moins de la moitié de leurs concitoyens étaient inquiets face aux changements climatiques alors que c’étaient les deux tiers. En tout, ce seraient de 79 à 88 % des répondants qui sous-estimeraient les préoccupations des autres, de même que leur appui aux politiques climatiques.
Dans les deux études, les chercheurs attribuaient cet écart à la couverture médiatique. Les médias et les débats publics mettent encore trop souvent l’accent sur le discours des climatosceptiques, déploraient les scientifiques allemands. De plus, sans surprise, cette perception erronée serait plus grande chez les gens qui s’informent auprès de médias conservateurs comme Fox News ou Breitbart, ajoutaient les auteurs américains.
Un frein à l’action
Cet écart entre la perception des répondants et la réalité pourrait être un obstacle à l’action climatique, faisaient remarquer les chercheurs allemands. En effet, sous-estimer le soutien aux actions pourrait dissuader les gens d’aborder le sujet, donnant du coup, ajoutaient les scientifiques américains, l’impression que la minorité climatosceptique est représentative de l’opinion publique.
De plus, les gens se fient généralement aux réactions des autres pour déterminer s’il y a un problème ou une menace. Les individus sont donc moins susceptibles d’agir s’ils ont l’impression que les gens autour d’eux ne font rien.
Pour les politiques, mais contre le changement
Le soutien de la population aux efforts de lutte contre les changements climatiques est donc encourageant pour quiconque se préoccupe de la protection de l’environnement. Toutefois, les chercheurs français cités au début de cet article ont constaté que les répondants à leur sondage n’étaient pas toujours d’accord sur les mesures à adopter.
Par exemple, seulement 40 % des habitants de pays riches seraient prêts à limiter leur consommation de viande et 38 % accepteraient de diminuer l’utilisation de leur voiture. Ces proportions étaient respectivement de 38 % et de 36 % au Canada.
Toujours au Canada, ils étaient 46 % à appuyer des politiques visant à interdire les véhicules à essence. Dans cette enquête réalisée en 2021-2022, la taxe carbone avec transfert d’argent récoltait seulement 42 % d’approbation.
L’analyse des auteurs français a également conclu que l’appui à ce genre de mesure ne dépendrait pas des connaissances dont une personne dispose sur les changements climatiques, ni de ses préoccupations à ce sujet. L’appui serait plutôt influencé par l’efficacité perçue de la mesure, de même que son impact sur les familles à faible revenu… et sur la famille du répondant. C’est ce qui fait dire aux chercheurs qu’il est important de mieux informer la population sur ces sujets, plutôt que d’insister sur les dangers des changements climatiques.
Verdict
Malgré l’impression répandue que les politiques climatiques ne sont pas populaires, c’est une majorité des personnes sondées sur la planète qui les appuient. Cette perception erronée pourrait venir en partie d’une trop faible couverture médiatique de cet appui. Quant à elles, les mesures de lutte contre les changements climatiques qui ont un impact direct sur la vie quotidienne des gens récoltent nettement moins d’appui.




