Dans six semaines, les représentants de 192 pays se réuniront à Cancun, au Mexique, pour reprendre les négociations sur le climat là où ils les avaient laissées à Copenhague... c’est-à-dire nulle part. Portrait d’un échec annoncé.

Depuis le milieu des années 2000, les plus pessimistes ont suggéré que les représentants des différentes parties à ces négociations abandonnent Kyoto, en référence au fait que la plupart des pays n’atteindront jamais, lors de l’échéance de 2012, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qu’ils s’étaient fixés à Kyoto, en 1997.

Mais aujourd’hui, les plus pessimistes vont encore plus loin : c’est le processus lui-même qui devrait être repensé, disent-ils.

Le grand public connaît de ce processus sa partie la plus visible, la conférence annuelle des Nations Unies sur les changements climatiques, tenue à Cancun cette année, à Copenhague l’an dernier, à Montréal en 2005. Mais il y a aussi autour d’elle plusieurs rencontres, entre experts, entre hauts-fonctionnaires, entre ministres de l’environnement, et il y a au moins trois routes sur lesquelles des équipes cheminent en parallèle : les signataires de Kyoto, les non-signataires (la Chine, l’Inde et tous les pays en voie de développement), et les deux... Ça fait beaucoup de monde, et beaucoup d’obstacles à une entente.

Même si, l’an dernier à pareille date, on avait peu d’espoirs d’un grand déblocage, cette année à l’approche de Cancun, on n’espère même pas un petit déblocage, résume le New York Times :

Il n’y a aucune chance de compléter un traité global de réduction des gaz à effet de serre; peu de chefs d’État prévoient venir; et il n’y a aucune initiative majeure à l’ordre du jour. Copenhague était paralysée par des attentes démesurées. Cancun souffre de l’inverse.

Paradoxalement, plusieurs de ces pays, y compris les États-Unis et la Chine, accomplissent beaucoup dans des programmes d’économie d’énergie et amorcent une transition vers des énergies vertes. Là où ça achoppe, c’est lorsque vient le temps de traduire cette volonté en une entente internationale qui ait des dents. Une frustration exprimée par l’environnementaliste américain Jake Schmidt, qui participait la semaine dernière à Tianjin, en Chine, à la dernière rencontre de préparation à Cancun :

Les pays parlent de processus, pas de terrains d’entente. Chaque fois que nous avons un débat sur le processus dans ces négociations, c’est mauvais signe. Cela signifie que ces pays cherchent des excuses pour ne pas s’entendre sur un point en particulier.

L’alternative la plus simple, évoquée chaque année depuis Montréal, est que les plus gros pollueurs —États-Unis, Chine, Russie, Inde, Brésil et Union européenne— s’entendent entre eux sur des objectifs de réduction du CO2. Mais les critiques rétorquent que ces efforts existent déjà : à travers le G7, le G20 et d’autres forums internationaux, les pays les plus riches ont maintes occasions de se concerter. S’ils n’ont pas signé une « entente des gros pollueurs », ce n’est pas parce que les opportunités ont manqué.

C’est pas moi, c’est lui!

Même à deux, ils n’arrivent pas à s’entendre : les États-Unis et la Chine ont profité de la rencontre de Tiajin, qui a pris fin samedi, pour s’envoyer des flèches.

Pour l’éditeur britannique du bulletin ChinaDialogue, « la dispute semble se cristalliser sur la façon dont les États-Unis et la Chine formaliseront » à l’international leurs disputes nationales sur la réduction des gaz à effet de serre.

En termes clairs : selon lui, le jour où la Chine aura la certitude qu’elle pourra atteindre ses cibles (fixées l’an dernier) de réduction de CO2, elle sera prête à les inscrire dans une entente internationale. Pareillement pour les États-Unis. Résultat : ce que l’analyste en environnement de la BBC appelle une « danse de la mort ».

Le négociateur américain Todd Stern avait été de ceux qui disaient vouloir explorer d’autres formes de négociations, l’an dernier après Copenhague. La ministre européenne de l’action sur le climat, Connie Hedegaard, a déjà suggéré qu’on se contente, à Cancun, de « petits » dossiers qui ont davantage de chances de faire consensus —la protection des forêts et l’aide aux pays les plus pauvres. Même des environnementalistes doutent tout haut : la rencontre de Tianjin « a révélé les profonds problèmes structurels des négociations de l’ONU sur le climat, et il n’est pas clair si les pays seront capables de confronter ces problèmes à Cancun », a déclaré en fin de semaine Jennifer Haverkamp, du Fonds de défense environnemental.