Et si les élections américaines de 2016 devenaient celles où le réchauffement climatique se transformait en un enjeu... même pour les républicains ? Surtout pour l’un d’eux, Donald Trump, dont les propriétés vont tôt ou tard avoir les deux pieds dans l’eau.

La journaliste Suzanne Goldenberg du quotidien The Guardian est allée visiter Mar-a-Lago, le « club privé » de Palm Beach, en Floride, qui est en fait un quartier de propriétés vendues par Donald Trump à 3 millions de dollars chacune. Si la tendance se maintient, écrit-elle, Mar-a-Lago pourrait être, d’ici 25 ans, envahi par 30 centimètres d’eau, sept mois par an. Et lors des grandes marées, les vagues passeront largement au-dessus des propriétés du bord de mer si celles-ci n’élèvent pas... de grands murs.

Or, pendant que les républicains de Washington continuent de nier le réchauffement climatique — Trump l’a déjà qualifié de canular inventé par les Chinois — les élus locaux de Floride, eux, se rebiffent : en mars dernier, 21 maires des deux partis ont exigé — et obtenu — que soit posée aux candidats à la présidence au moins une question sur les changements climatiques, lors des débats télévisés tenus dans cet État. Avant cela, en octobre 2014, la Commission de la ville de South Miami avait voté une résolution réclamant que le sud de la Floride se sépare pour devenir le 51e État américain. Motif : la hausse du niveau des eaux menace toute leur région et les autorités de l’État ne réagissent pas assez vite, à leur goût.

Déjà, la métropole qu'est Miami doit dépenser des centaines de millions de dollars rien que pour contenir l’océan. En fait, depuis quelques années, la plupart des estimations font tomber Miami dans la liste des cinq villes du monde les plus vulnérables à la hausse du niveau des mers. Là-bas, c’est près d’un mètre de hausse que l'on craint d’ici le milieu du siècle.

Et il n’y a pas que l’eau qui monte : l’invasion d’algues qui infeste les plages de deux comtés de Floride ces dernières semaines, bien qu’étant d’abord le résultat d’engrais et autres polluants évacués dans la mer, est aussi favorisée par des eaux plus chaudes.

Les premiers concernés sont les propriétaires de résidences et tous ceux qui veulent en vendre. Selon un sondage du Miami Herald le mois dernier, les deux tiers des marchands immobiliers craignent les conséquences sur la valeur des propriétés. Le Guardian constate pour sa part que le déni du candidat républicain à la présidence est mal accueilli chez « les jeunes électeurs et les minorités » qui voient au contraire le climat comme un des enjeux les plus importants de cette élection. « Nous n’avons pas le luxe, au niveau local, de nous engager dans ces débats politiques hautains », déclare le maire — républicain — du comté de Palm Beach.

Dans Mar-a-Largo, les avenues inondées lors de tempêtes font partie de la vie courante, et ce n’est qu’un avant-goût, prédit la firme de consultants Coastal Risk. Déjà, en plus de payer pour le pompage, la ville doit dépenser beaucoup en transports de sable pour des plages abîmées par l’érosion. À ce rythme, d’ici 2045, certains condominiums seront transformés en îles pendant près de la moitié de l’année.

La Floride, de plus, est un des États-clefs pour l’élection présidentielle.

Cette colère pourrait-elle jouer à l’échelle nationale ? Le chroniqueur politique Chris Mooney faisait remarquer en mai que la candidate démocrate Hillary Clinton a pris position pour la lutte contre les changements climatiques bien plus fermement que ne l’avait fait Obama en 2012. Le New York Times donnait la semaine dernière la parole à un homme d’affaires conservateur de Caroline du Nord, Jay Faison, qui s’est engagé à donner 5 millions à cinq candidats républicains au Congrès qui soutiennent des actions pour le climat. Et un sondage national du Guardian a fait ressortir ce printemps le climat comme étant « l’enjeu dont vous aimeriez entendre le plus les candidats parler ».