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Ces derniers mois, le Détecteur de rumeurs a remarqué une recrudescence des commentaires hostiles aux vaccins qui, sur les réseaux sociaux, ont en commun la même série d’arguments. Ces arguments étant généralement trop vagues, ou basés sur de mauvaises prémisses, voici quelques balises pour une discussion plus constructive.


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1) « Ce n’est pas la définition d’un vaccin »

Ceux qui avancent ce premier argument n’y greffent pratiquement jamais d’explications: ce qu’ils entendent par-là n’est donc pas clair. Chose certaine, Le Larousse définit un vaccin comme une « substance » qu’on « administre à un individu ou à un animal, pour les immuniser contre une maladie ». Le Robert parle d’une « préparation » donnée « pour stimuler le système immunitaire de manière à développer une immunité durable contre une maladie ». Ce qui correspond exactement à l’intention des vaccins contre le coronavirus.

Il est possible que certains aient compris de ces définitions qu’un vaccin devrait être un succès à tous les coups. Or, cette définition ne contient pas de jugement. Il faudrait pour cela ajouter un adjectif (vaccin « efficace » ou « inefficace », par exemple), un chiffre (vaccin « efficace à 90% », par exemple) et une cible (vaccin « efficace à 90% pour réduire les risques de maladies graves », par exemple). À titre de comparaison, en dehors de la COVID, le vaccin contre la malaria approuvé en 2021 n’a un taux d’efficacité que de 30 à 40%, ce qui ne l’empêche pas de correspondre à la définition d’un vaccin.

 

2) «  Ce n’est pas un vrai vaccin »

Cet argument est similaire au précédent: ceux qui l’avancent donnent rarement des détails, de sorte qu’il est difficile de savoir ce que serait à leurs yeux un « vrai vaccin ». Il pourrait s’agir d’une allusion aux « vaccins à ARN » produits séparément par les compagnies Pfizer et Moderna. Mais dans la mesure où ceux-ci ont pour objectif « d’immuniser contre une maladie », comme le résume le Larousse, ils correspondent à la définition d’un vaccin.

 

3) « Le vaccin contre la COVID est dangereux »

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas « un » vaccin, mais plusieurs. En tout, une cinquantaine de vaccins à travers le monde sont utilisés dans au moins un pays, dont 11 ont été approuvés par l’Organisation mondiale de la santé. Six l'ont été au Canada. Seulement 2 sont des « vaccins à ARN ».

 

4) « On ne connaît pas les ingrédients » ou « La liste des ingrédients est secrète »

En réalité, les listes des ingrédients ont été publiées dès leur approbation par les autorités des différents pays. On peut par exemple trouver celles de Pfizer ou de Moderna sur le site de Santé Canada ou sur celui de l’agence américaine chargée d’approuver les médicaments (la FDA).

 

5) « Le vaccin à ARN va changer nos gènes » ou « C’est une thérapie génique »

Un vaccin ne peut pas changer des gènes, parce qu’il ne peut pas entrer dans le noyau de la cellule, là où se trouvent nos gènes. Et même si le vaccin à ARN parvenait à y entrer, il ne pourrait s’intégrer dans notre génome que si l’ARN messager qu’il contient était transformé en ADN, ce qui nécessite des enzymes spéciales appelées transcriptases.

À lire pour en savoir plus: Non, un vaccin à ARNm n’est pas une thérapie génique

 

6) « Le vaccin a été testé trop vite pour être sécuritaire »

En fait, la raison pour laquelle ce vaccin est sorti en un temps record, ce n’est pas la vitesse des tests, mais la vitesse avec laquelle on a trouvé des gens prêts à servir de volontaires. En 2020, Pfizer a en effet recruté dans des délais très courts 21 720 adultes qui ont reçu le vaccin et 21 728 qui ont reçu un placebo, parce qu’il s’agissait d’une épidémie mondiale et que des millions de gens attendaient impatiemment une solution.

Une fois ces gens recrutés à la fin de l’été 2020, restait à attendre le temps nécessaire pour repérer si les vaccinés seraient moins nombreux à être hospitalisés à cause de la COVID. Il a suffi de trois mois pour voir se dégager cette différence. En comparaison, il faut beaucoup plus de temps pour voir si un vaccin contre la malaria —une maladie qui ne se transmet que par des piqûres d’insectes— est efficace.

À lire pour en savoir plus: Des vaccins trop dangereux parce que testés trop vite?

 

7) « Le vaccin à ARN n’a jamais été testé »

Sur ce point, il y a une part de vrai. L’ opportunité ne s’était jamais présentée d’en tester un à aussi grande échelle. Par contre, les risques invoqués par leurs détracteurs ont tous été testés depuis les années 2000 sur des cellules, sur des animaux et sur des humains. Il faut rappeler que le vaccin à ARN est une technologie expérimentée depuis deux décennies.

À lire pour en savoir plus: Les dangers des vaccins à ARN et à ADN: distinguer le vrai du faux

 

8) « Pfizer avait caché que son vaccin n’empêchait pas la transmission »

Cette affirmation, plus récente que les autres, provient d’une vidéo diffusée en octobre 2022, et elle est fausse. Non seulement le vaccin avait-il uniquement pour but de réduire les risques de cas graves et de décès, mais surtout, la chose était écrite noir sur blanc dans les documents déposés par Pfizer: il n’y avait aucun secret, et les médias l’avaient souligné à l’hiver 2020-2021.

Il est toutefois possible que la confusion soit venue de certains discours gouvernementaux, qui ont pu créer l’illusion que la vaccination allait permettre une sortie de crise rapide et définitive.

À lire pour en savoir plus: Bloquer la transmission ou les infections graves? Le rôle du vaccin expliqué dans les médias

 

9) « Le vaccin provoque des problèmes cardiaques »

Ce risque d’effet secondaire est évalué à 1 ou 2 cas par 100 000, un chiffre qui varie en fonction de l’âge de la personne vaccinée. Il faut toutefois se rappeler que la COVID était associée à un risque de problèmes cardiaques au moins 11 fois plus élevé.

Par ailleurs, chaque fois qu‘on parle d’effets secondaires, il faut tenter de se représenter ce que veut vraiment dire « 1 sur 100 000 », un chiffre notoirement éloigné de notre vie quotidienne. À titre d’exemple, le risque d’un problème cardiaque pendant la grossesse est de 150 sur 100 000. Et le taux de mortalité des femmes enceintes au Canada est de 8 sur 100 000 (voir d’autres exemples ici).

 

10) « Le vaccin tue »

En général, cette affirmation ne cite aucune source, par exemple lorsqu’elle lance un chiffre à la volée, ou lorsqu’elle est accompagnée du nom d’une personne décédée, voire de plusieurs noms.

Lorsque l’affirmation cite bel et bien une source, il s’agit souvent de VAERS, une plateforme sur laquelle n’importe qui peut inscrire n’importe quel effet secondaire, en attendant qu’il soit vérifié. Au final, toutes les statistiques révèlent un taux de décès des suites de la COVID beaucoup plus élevé chez les non-vaccinés que chez les vaccinés.

Certes, les statistiques sur l’efficacité du vaccin sont changeantes depuis un an, avec l’évolution du virus et de ses variants. Mais jusqu’à maintenant, les vaccins les plus utilisés dans le monde demeurent plus efficaces pour prévenir les formes graves de la maladie et les décès.

 

Illustration: Geralt / Pixabay