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La crise de confiance envers les institutions est un phénomène évoqué depuis des années. Mais là où une étude annuelle vient de révéler une amplification, c’est dans la crise de confiance à l’égard des gens qui ne pensent pas comme nous.

C’est en effet ce qui ressortait du Baromètre de la confiance de la firme Edelman, édition 2026, dévoilé le 20 janvier : 70% des répondants (33 000 personnes interrogées dans 28 pays) se disaient hésitants ou carrément non désireux de faire confiance à quelqu’un qui diffère d’eux en terme de valeurs, de sources d’information ou de vision du monde.

Ce n’est toutefois pas un phénomène qui a surgi du jour au lendemain. Dès 2005, l’un des constats du Baromètre était qu’on observait un glissement de la confiance « des autorités vers les pairs ». C’était avant la montée des réseaux sociaux. En 2006, l’un des constats était aussi: « Une personne comme moi est le porte-parole le plus crédible ». 

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Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est la profondeur qu’atteint aujourd’hui cette polarisation entre des personnes d’opinions différentes. Ou, pour le dire autrement, le scepticisme à l’égard de quiconque « croit à des faits différents ou suit des sources différentes ». Et ce, dans une époque où les médias traditionnels reculent, eux qui ont longtemps constitué un socle commun pour des groupes sociaux de différentes allégeances.

Une autre enquête annuelle le révélait en juin dernier : dans le Digital News Report de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, on pouvait lire que dans les 48 pays étudiés, 40% des gens évitaient « parfois ou souvent » les nouvelles et que les autres étaient de plus en plus nombreux à s’alimenter aux réseaux sociaux, spécialement la vidéo. Et spécialement par l’intermédiaire de créateurs de contenus visant des publics spécialisés. Un phénomène qui, par définition, nourrit « l’insularité », ou repli sur soi, dont parle le Baromètre Edelman.

Quant aux moins de 35 ans, notait Reuters, ils sont plus nombreux que les autres à vérifier l’information par l’intermédiaire des commentaires sur leurs réseaux sociaux —ce qui accroît l’insularité, le fil du réseau social étant taillé sur mesure pour plaire à son usager. 

Il existe des pistes de solution pour jeter des passerelles entre ces « îles ». La professeure en politiques publiques Renée Di Resta, qui étudie la désinformation à l’Université Georgetown, mentionne l’espoir de voir émerger un « courtage » d’influenceurs —non seulement ceux qui sont crédibles dans leur propre communauté, mais ceux qui pourraient parler à plus d’une communauté. Mais ça ne suffira pas… en partie parce que les influenceurs sont, en moyenne, à la fois ceux en qui les usagers ont le plus et le moins confiance.

« Si nous voulons rétablir un réalité partagée », écrit Di Resta, « les incitatifs de l’écosystème de la communication vont devoir changer. Aussi longtemps que les plateformes et la politique vont récompenser l’insulte plutôt que l’exactitude, et l’identité plutôt que la preuve, l’insularité ne va pas disparaître. Elle va seulement s’aggraver. »

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