Une enquête publiée en 2014 révélait que les Canadiens ont une bonne culture scientifique. Le problème est que peu de gens s’entendent sur ce qu’est vraiment une bonne culture scientifique... et à quoi ça sert.

Il fut un temps où les enquêtes sur la culture scientifique tentaient de mesurer les connaissances —ou l’ignorance— du public. Un sondage européen appelé l’Eurobaromètre a servi de modèle à une étude québécoise, en 2002, et des sondages américains sont allés dans la même direction depuis les années 1980. Ces enquêtes comportaient toujours des questions telles que : est-ce que les humains et les dinosaures ont vécu à la même époque ; est-ce que la Terre tourne autour du Soleil, ou si c’est le contraire; est-ce qu’un électron est plus petit qu’un atome?

Des réponses qui semblent évidentes à certains, mais quelle que soit la question, on se retrouvait toujours avec 10 à 25% des gens qui se trompaient.

Or, aujourd’hui, il y a eu un basculement dans ces enquêtes. On semble avoir abandonné cette idée de pouvoir mesurer mathématiquement un niveau de connaissances, et on a plutôt des questions qui tournent autour de la perception qu’a le public de la science et du scientifique. À quoi associez-vous un scientifique, êtes-vous méfiant ou confiant envers telle technologie, telle percée...

Bref, définir ce qu’est la culture scientifique est devenu beaucoup plus difficile. On peut s’en rendre compte dans l’enquête sur la culture scientifique au Canada publiée en août dernier : à une des questions, 77 % des Canadiens sont d’accord pour dire que le monde se porte mieux grâce à la science et à la technologie.

Notre première invitée, Sophie Malavoy, est directrice du Coeur des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et une de ses tâches est justement d’amener davantage de culture scientifique vers le grand public. Le Coeur des sciences organise régulièrement des conférences pour le grand public, sur des sujets allant du terrorisme aux huiles dans l’alimentation.

Dans un billet de blogue publié l’an dernier, Sophie proposait le terme de « réanimateur ». Un réanimateur du plaisir. La culture scientifique servirait à réanimer chez le public «une culture trop vite perdue en vieillissant».

Quant à notre deuxième invitée, Johanne Lebel, directrice de la revue Découvrir de l’Acfas, sa réflexion tourne autour de l’existence de « deux cultures » dans notre société, selon les termes employés il y a déjà 55 ans par un chercheur britannique, Charles P. Snow : une culture «littéraire» et une culture «scientifique». Deux cultures qui s’ignorent et même, parfois, se regardent de haut. Sa conférence de l’époque ne cesse d’être rééditée et réexaminée. Johanne nous explique pourquoi et ouvre la porte à ce qui pourrait être une façon de les «ré-associer».

Le 20 février, le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie tenait une table ronde à l’UQAM sur la culture scientifique. À cette occasion, le muséologue Bernard Schiele, qui a participé aux réunions ayant conduit au rapport canadien, a été très critique sur ce que ce rapport contient, ou plutôt ne peut pas contenir : d’une part, à son avis, l’inculture scientifique ne peut que croître, et d’autre part, Internet amplifierait le problème. On écoute deux extraits de son intervention.

Enfin, un autre aspect s’est ajouté à la réflexion sur la culture scientifique ces dernières années : celui du biais de confirmation. Un terme utilisé en psychologie pour illustrer combien —en science et ailleurs— une bonne partie du public va retenir d’abord et avant tout l’information qui confirme ses opinions ou ses croyances.

Comment travailler à une meilleure culture scientifique tout en évitant que soit rejeté tout ce qui ne cadre pas avec les idées préconçues?

Nos invités :

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Je vote pour la science est diffusée le lundi à 13h30, sur les six stations régionales de Radio VM. Elle est animée par Isabelle Burgun et Pascal Lapointe. Vous pouvez également nous écouter le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal) et vous abonner sur iTunes.

Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter et sur Facebook.