Si les gourous des fausses nouvelles et un certain occupant de la Maison-Blanche ont continué de donner l’impression que la désinformation était un problème qui minait avant tout la politique, l’année 2019 a confirmé, si besoin était, que c’était également un problème en science, et particulièrement en santé. Coup d’oeil en une quinzaine de (vraies) nouvelles.

L’épidémie de rougeole qui sévit sur l’archipel des Samoa, dans le Pacifique, et qui a tué au moins 70 personnes en novembre et décembre, a été précédée d’une offensive de désinformation menée depuis des années sur les médias sociaux par des mouvements anti-vaccins, basés entre autres aux États-Unis

Ce n’est que le dernier d’une longue série d’épisodes où les médias sociaux ont été blâmés pour leur rôle dans la dissémination d’informations scientifiquement fausses, voire carrément dangereuses pour la santé publique. Mais comme on a aussi pu l’apprendre cette année, la réticence des Facebook et autres à intervenir vient du fait que, pour eux, les mouvements anti-science constituent un marché très lucratif. 

En février et mars, la plupart des plateformes ont finalement annoncé qu’elles allaient prendre des mesures pour agir contre la place occupée chez elles par les pages anti-vaccination. Mais elles ne font que déplacer le problème: ces groupes de gens ont déjà commencé à se replier vers des espaces privés, où ils peuvent ne lire et n’écouter que ce qui confirme leurs opinions. 

Poussée de croissance de la recherche

La recherche scientifique sur la désinformation et les fausses nouvelles a continué de prendre de l’ampleur en 2019 —et continuera probablement d’en prendre en 2020. On commence par exemple  à s’intéresser à l’impact qu’ont les textes publiés par les journalistes vérificateurs de faits —comme la page du Détecteur de rumeurs— et le portrait qui s’en dégage est qu’à défaut de changer radicalement l’opinion d’une personne, on peut l’amener à ajuster ses croyances afin qu’elles deviennent un peu plus « factuellement cohérentes ».

Une autre recherche, plus tôt cette année, a aussi suggéré que, dans une discussion avec un climatosceptique ou un créationniste, pointer les erreurs factuelles que commet celui-ci, ou pointer les techniques trompeuses qu’il utilise pour argumenter, sont deux stratégies qui ont tout autant de mérites.

La psychologie des « producteurs » de fausses nouvelles a également commencé à attirer l’attention. À travers les attaques en continu contre Greta Thunberg par exemple, se sont révélées des accointances sombres entre climatosceptiques et sexistes —il existe même en Suède un Centre for Studies of Climate Change Denialism, que l’on croit être le premier dans le monde voué à l’étude de la personnalité climatosceptique. 

Dans un monde où la culture de l’opinion a pris une place énorme, on avait pu constater depuis une décennie, aux États-Unis en particulier, une dérive inquiétante vers l’intimidation —les anti-vaccins, par exemple, qui attaquent des scientifiques, des médecins ou des parents. En 2019, cette ère de l’intimidation a atteint l’univers francophone, avec les attaques dont a été victime le Pharmachien. Une histoire qui s’est néanmoins bien terminée, puisqu’elle lui a valu en fin d’année une récompense internationale en vulgarisation, le prix John-Maddox. Et une histoire qui rappelle qu’en cette ère de désinformation, les scientifiques ont encore plus intérêt à sauter dans le ring.

Enfin, on a beaucoup parlé de vidéos deep fake en 2019. Sans doute un peu trop, considérant que les véritables menaces sont ailleurs: dans cette confusion entre le fait et l’opinion, en particulier en science, une confusion qu’entretient une grande partie de la population. C’est même ressorti de l’enquête internationale PISA, où moins d’un élève sur 10 s’est avéré capable de différencier un fait d’une opinion.

Alors que des efforts concertés d’éducation à l’information percent modestement ici et là, ce sera un enjeu à surveiller en 2020.